"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". Notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.
Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le travail inverse de celui qui, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-même, l'amour-propre, la passion, l'intelligence, et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s'"observer", dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu'avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu'il nous fera suivre."
Marcel Proust, Le temps retrouvé in A la recherche du temps perdu T. 4 (Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", 1989)
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vendredi 26 juin 2009
samedi 21 juin 2008
gmtwoner
un ami
gmtw, artiste autodidacte, multisupports, multiinfluences, multitalents, multidiscours, multimecbien...
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Les coups de coeur de Gaucelm Faidit
mercredi 11 juin 2008
jeudi 5 juin 2008
monde gialat... frozen people...
oc
quò deu esser ‘n’estranha sensacion de veser quò-‘qui, segur…
Aime beucòp la reaccion dau monde que borren dins las mans a la fin, mai los comentaris…
fr
Ça doit être une étrange sensation d’assister à ça, c’est sur…
J’aime beaucoup la réaction des gens qui applaudissent à la fin, et leurs commentaires…
aqui
quò deu esser ‘n’estranha sensacion de veser quò-‘qui, segur…
Aime beucòp la reaccion dau monde que borren dins las mans a la fin, mai los comentaris…
fr
Ça doit être une étrange sensation d’assister à ça, c’est sur…
J’aime beaucoup la réaction des gens qui applaudissent à la fin, et leurs commentaires…
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vendredi 30 mai 2008
umor...
Coneissetz tots las afichas d'AIDES...
Per la festa de la musica, d'artistes limotjauds se son fach 'na plasenta aficha.... de veire sus las parets d'a Limotges...
Vous connaissez tous les affiches d'AIDES....
Pour la fête de la musique, des artistes limougeauds se sont fait une affiche marrante... à voir sur les murs de Limoges...
(photo J-M Caunet)
mercredi 14 mai 2008
Délires d'écriture
C'est le joli mois de Mai du Livre d'Art !Surprise : j'ai découvert dans ma bibliothèque un livre que je n'avais jamais remarqué : Ecriture en délire (éditions 5 Continents, 2004), publié à l'occasion de l'exposition éponyme présentée à la Collection de l'Art Brut à Lausanne en 2004.
Dans un entremêlement d'images et de mots, on y rencontre les oeuvres d'Aloïse, de Carlo Zinelli, Henry Darger, Emmanuel Derriennic, Jules Doudin, Howard Finster, Emile Josome Hodinos, Aimable Jayet, Jeannot, Sylvain Lecocq, Dwight Mackintosh, Pascal-Désir Maisonneuve, Gaston Marchal-Moreau, Kunizo Matsumoto, Francis Palanc, Laure Pigeon, Jeanne-Marthe Privat, Constance Schwartzlin-Berberat, Jeanne Tripier, August Walla, Adolf Wölfli, tous artistes généralement classés à la rubrique "art brut".
Quelques extraits de l'avant-propos de Lucienne Peiry :
"Les multiples artistes réunis dans cet ouvrage ignorent - volontairement ou non - les normes et les règles de la langue. Diaristes extravagants, épistoliers donquichottesques, écrivains utopistes, ils abordent l'écriture dans un esprit de désinvolture, d'invention gratuite et irrespectueuse. Chacun s'adonne avec subversion à faire s'affoler syntaxe, orthographe, alphabet. Aux conventions et aux normes, (ils) préfèrent les sens cachés, les labyrinthes graphiques et les malversations sémantiques et scripturales qu'ils font foisonner avec ferveur.
Dans leurs lettres d'amour ou de rage, leurs journaux intimes et leurs plaidoyers, ils insufflent à l'alphabet des inflexions graphiques et réactivent le corps des lettres. Ils redonnent aux mots une valeur pictographique. Certains poussent l'aventure jusqu'à conjuguer véritablement la figure et l'écriture et ainsi à réconcilier le verbe et l'image dans leurs dessins, leurs peintures, leurs broderies.
Les impulsions élémentaires de l'écriture, habituellement réfrénées et mises au ban par ce que Michel Thévoz appelle "le dressage éducatif", retrouvent sous leur plume ou leur pinceau leur vigueur et leur sauvagerie. (...)La substance phonique tissée à la matérialité graphique redonne à ces énoncés inventifs et subversifs pleine valeur, à la rencontre du signifiant et du signifié, du sens et du signe."
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