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mercredi 25 juin 2008

La chanson de l'été


Pour moi, c'est "Baby Blue", sur le dernier album de Martina Topley-Bird (ex chanteuse de Tricky), The Blue God. Certains qualifient sa musique de "blues nocturne". Why not ?

Il paraît que Tricky revient aussi bientôt.

2008, année trip-hop ?

lundi 23 juin 2008

Bibliothécaires dans le vent

Il y a trois bibliothécaires sur cette photo, prise samedi soir lors de la fête de la musique. Saurez-vous les trouver ? Quelques indices :
- celle qui n'a pas besoin de ranger son instrument après le concert travaille en littérature et sciences humaines. Avis aux amateurs : outre son talent, elle a de fort beaux pieds...
- celui qui est bibliothécaire jeunesse n'a pas du tout la tête d'une bibliothécaire jeunesse. Sur la photo, il est caché : il est assez timide mais ça ne l'empêche pas de faire du bruit.
- celui qui a créé le groupe est discothécaire très 2.0 - je suis sûre qu'il en est presque à 3, voire plus. Il vient de refaire le site d'Elliott M. et il a de bonnes vibrations.

N.B. : Elliott M. cherche des dates. Leur répertoire se compose de chansons plutôt pop, tendres, marrantes, doucement ironiques. Le groupe a déjà deux CD à son actif ; le troisième, en cours d'exploration et d'expérimentation, est prévu pour l'automne.



jeudi 19 juin 2008

Richard Serra l'arpenteur

Promenade dans le livre de
Fabien Faure,
Richard Serra : ma réponse à Kyoto
(éditions Fage, 2008)

Enfant, Richard Serra arpente inlassablement les plages californiennes et remarque avec acuité à quel point les trajets retour sont dissemblables des trajets aller.

Il dira : "
Que se passe-t-il lorsque je fais demi-tour pour revenir sur mes pas ? Que se passe-t-il lorsque je tourne à gauche, ou que je tourne à droite ? Que se passe-t-il également au-dessus, ou au dessous de Moi ? Qu'y a-t-il là que je ne peux ramener à une image susceptible d'être mémorisée parce que le flux qui me parvient est continu ?"

Plus tard, entre 1956 et 1964, il travaille régulièrement dans des aciéries de la région de San Francisco pour payer ses études. Artiste, il ne cesse d'affiner sa perception de grands espaces où il installe de monumentales oeuvres d'acier - il avait abandonné définitivement la peinture après un séjour à Florence en 1965-1966, qui occasionne chez lui un détachement affiché vis-à-vis de la perspective.

Marqué à la fois par la
Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty, par le courant américain de la post-modern dance qui sublime la marche comme mouvement dansé, puis par un séjour au Japon en 1970 où il découvre les jardins zen des temples de Myoshin-ji, il conçoit ses oeuvres comme autant d'expériences phénoménologiques au cours desquelles le spectateur prend conscience de sa propre activité perceptive. Pour lui, "la dialectique de la marche et du regard dans le paysage constitue l'expérience de la sculpture". Il récuse les "homeless objects" de l'art, qui lui semblent abandonnés : lui préfère régler l'oeuvre sur son lieu d'implantation (par exemple, Pulitzer Piece : Stepped Elevation à Saint-Louis Missouri ; Promenade au Grand-Palais à Paris à l'occasion de Monumenta 2008, dont j'ai déjà parlé et qui m'a bouleversée). Très loin de l'attention flottante que l'on associe généralement à l'idée de promenade, il invente la notion de perception déambulatoire, qui conjugue concentration et disponibilité, dans un espace désencombré. Il rejoint ainsi Carl Einstein, qui disait déjà, en 1934 : "On avait oublié que l'espace n'est autre que la synthèse de nos mouvements corporels et de nos émotions dynamiques, dont les symptômes variables sont les objets".

Un seul regret : les photographies de ce livre sont toutes en noir et blanc, comme pour renforcer la réputation d'austérité virile que l'on associe souvent à cet artiste et qui lui est injustement reprochée. Il y manque donc la dimension colorée de l'oeuvre, les roux sombres de l'acier en tension vibratoire avec l'environnement.

Quelques oeuvres à admirer en se promenant : The Matter of Time au musée Guggenheim de Bilbao (si vous ne connaissez pas, allez-y, c'est époustouflant !) , Clara-Clara au jardin des Tuileries à Paris.

lundi 16 juin 2008

Pour réveiller les anges...


... il fallait la musique arc-en-ciel de Radiohead, des jeux de lumière tubulaires et les facéties de lutin de Thom Yorke. Il y avait tout cela au concert des arênes de Nîmes. Et ce furent deux heures de magie pure.




Et comme je crains de tout aplatir en racontant, voici un poème de André Breton :


L'oiseau migrateur

"Sur les murs des petits bourgs, des hameaux perdus, ces beaux signes à la craie, au charbon, c'est l'alphabet des vagabonds qui se déroule : un quignon de pain, peut-être un verre à trois maisons après la forge(...). Ailleurs le petit homme nu, qui tient la clé des rébus, est toujours assis sur sa pierre. A qui veut l'entendre, mais c'est si rare, il enseigne la langue des oiseaux. "Qui rencontre cette vérité de lettres, de mots et de suite ne peut jamais, en s'exprimant, tomber au-dessous de sa conception. (...) Et chacun de nous passe et repasse, traquant inlassablement sa chimère, la tête en calebasse au bout de son bourdon."

lundi 9 juin 2008

Promenade

Comme le dit fort bien Alexia Guggemos sur son blog Déliredelart, lorsqu'on entre dans la nef du Grand Palais pour voir l'oeuvre de Richard Serra "Promenade" (Monumenta 2008, jusqu'à dimanche prochain), on a tout d'abord l'impression qu'il n'y a rien sous la verrière. Ce rien génial, d'un poids total de 75 tonnes, ce sont cinq plaques d'acier dressées vers le ciel comme pour capter la lumière et en jouer, épaisses de 13,8 centimètres, hautes de 17 mètres et larges de 4 mètres. Et ce rien, ces plaques rectangulaires, on peut rester des heures à les contempler, à se promener entre elles, avancer, reculer, les contourner, s'éloigner, regarder les autres promeneurs avancer, reculer, tourner autour, s'éloigner. Par leur monumentalité et leur simplicité, leur évidence, elles modifient les unités de mesure ordinaires. Elles en deviennent musicales. On peut s'amuser à en faire disparaître une, deux, trois, quatre, les décaler pour voir apparaître comme un chemin du milieu, s'approcher pour voir leur sommet se courber - j'ai beau savoir que c'est une illusion d'optique, l'expérience est étonnante. J'aurais juste aimé un énorme orage sur la verrière pendant cette "promenade", malheureusement il a fait beau.

Ces plaques ont été fondues dans la loire, à l'usine Industeel - Arcelor Mittal. Il a fallu dix jours pour les transporter. L'oeuvre à vendre, à moins qu'elle n'ait déjà trouvé un acquéreur haut de plafond et solide de plancher.

Lien

jeudi 5 juin 2008

Pour un anniversaire


Pour préparer les festivités du 10ème anniversaire de la belle bibliothèque du centre ville, nous avons été invités à enregistrer de courts extraits de livres que nous aimons, de rencontres, de musique, de films, qui seront ensuite retravaillés par un artiste en vue d'une installation.
J'ai choisi :
- les 30 premières secondes du "métèque" de Joeystarr,
- quelques paroles d'une rencontre avec le philosophe François Jullien et son éditeur du Seuil, Thierry Marchaisse,
- un extrait du très beau texte de Lydie Salvayre Le vif du vivant, publié aux éditions Cercle d'Art en 2001, accompagné de dessins extraits des carnets de Picasso datés de 1964.

"A Picasso, les corps suffisent. Les corps pour ce qu'ils sont. Et sans le secours de ces lectures ajoutées que certains font encore entre leurs lignes. Assez, de lire entre les lignes. Assez. Assez des sous-entendus et des arrière-mondes. D'autant que Dieu est dans la merde, comme le chantait Ravachol avant qu'il ne soit raccourci.
A Picasso les corps suffisent ainsi que les objets les plus triviaux et les plus pauvres qui entrent en leur contact et dont on peut tirer des visions de merveille.
Voilà, tout est là, déclarera Cézanne à ses invités médusés en posant sur la table une cruche grossière.
Voilà, tout est là. Car la réalité, écrira le pauvre Antonin Artaud, est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité.
Redire. A Picasso les corps suffisent. Il les aime. Ils le comblent. Les corps, tous les corps lui semblent des chefs-d'oeuvre. Ils sont le lieu de la peinture, qu'elle les figure ou pas, là n'est pas la question. Et il suffit qu'il les dessine pour que l'infini à lui se révèle. Car les corps sont infinis. Et l'on peut infiniment les découvrir, infiniment chercher le ciel qu'ils cèlent, infiniment apprendre leur grammaire, comme déjà l'exhortait Quintilien. Infiniment, voluptueusement."

lundi 2 juin 2008

Aimer, oublier, retrouver

Joie de retrouvailles avec un roman que j'avais lu, aimé, conseillé comme LE livre à lire début 2005, puis qui avait tout à fait disparu de ma mémoire, emporté sans doute par des ciels trop variables : La théorie des nuages de Stéphane Audeguy (Gallimard). Bonheur de travailler en bibliothèque : il était bien en évidence avec les livres rapportés samedi, prêt à repartir vers une autre annexe... Je l'ai donc redécouvert, intact, comme si c'était la première fois - un peu honteuse tout de même de cet oubli. Et je le re-aime.

Virginie Latour est bibliothécaire. Elle est recrutée par Akira Kumo, grand couturier japonais parisien, avec pour mission d'inventorier, mettre en ordre et cataloguer sa collection d'ouvrages et documents de toutes sortes consacrés exclusivement aux nuages. Puis il la charge de se procurer un mystérieux "protocole Abercombrie", récit de voyage datant de la fin du 19ème siècle, détenu par l'héritier de son auteur, un savant fou de nuages. Au fil du roman, on découvre des peintres de nuages, des théoriciens de la pluie et du beau temps, des chasseurs de nuages, les premiers météorologues, mais aussi quelques nuages peu sympathiques comme celui d'Hiroshima auquel Akira a survécu.

Il m'a été difficile de sélectionner un seul extrait ; chaque moment de ce livre m'enchante...

Leur rencontre
"Le premier jour, Virginie s'est aperçue brusquement qu'un homme se tenait à sa droite. Elle s'est tournée vers lui et lui a souri. Un homme petit, très sec, presque décharné, qui se meut avec une élégance tranquille et des lenteurs d'iguane. Presque sans autre forme de procès, il s'est mis à lui parler. Il a dit que, pour ranger sa bibliothèque, il convenait de comprendre à quoi exactement elle est consacrée. Les coups de foudre existent en amitié plus souvent, plus sûrement qu'en amour. Virginie Latour aime immédiatement cette voix douce et boisée, légèrement flottante ; Akira Kumo n'a cessé de parler, de Londres et des nuages, d'un certain Luke Howard.
La semaine suivante, Akira Kumo l'attendait en haut. Virginie Latour se demande s'ils ne devraient pas commencer le classement. Mais il semble que le vieil homme ne soit pas pressé."

Un peintre de nuages
"Pendant des heures, Carmichael attend. Il n'attend évidemment pas, bêtement, l'inspiration ; il n'attend pas davantage une belle disposition des nuages, car toutes les dispositions de nuages, à qui sait les contempler, sont également intéressantes. Il attend simplement que la peinture se lève en lui comme une turbulence, qu'elle se forme imperceptiblement, justement comme font les nuages, il attend qu'elle s'agrège à travers tout son corps, pour qu'enfin la beauté du ciel imprègne le papier. Carmichael attend, comme si lui-même était un nuage. Alors seulement, il peint."

Stéphane Audeguy a publié aussi, toujours chez Gallimard
- Fils unique, une biographie romancée de François Rousseau, frère aîné de Jean-Jacques (2006)
- Petit éloge de la douceur (2007)
- Les monstres : si loin et si proches (2007)

samedi 31 mai 2008

Les fesses de la jeunesse


On trouve de petites merveilles dans les collections jeunesse des bibliothèques. Ainsi, Livre de fesses, publié en 2001 par les éditions Thierry Magnier (texte de Stéphane Delabruyère, photographies de Jean-Marc Fiess). Je ne résiste pas au plaisir de divulguer le texte :

"Il y a la paire de fesses de cochon, ça fait deux gros jambons.
Il y a le popotin de l'hippopotame bien plus gros que celui des dames.
Il y a les petites fesses de la mouche.
Le derrière des étoiles de mer ou celui des poissons.
Le postérieur de l'âne.
La croupe du taureau, celle de la vache, ou les gigots tricotés de laine du mouton.
Le séant de la girafe et les fesses bariolées de l'okapi dont tout le monde rit.
L'arrière-train du lapin bientôt cuit au romarin.
Les deux jambons du cochon, bien ronds
et le croupion bientôt grillé du poulet.
Il y a des fesses douces comme de la peau de pêche ou d'abricot.
Des rugueuses comme les troncs d'arbre
et les toutes rondes du potiron.
Il y a les fesses froides et lisses des statues.
Le cul-de-bouteille et le cul-de-sac.
Le cul du camion qui pue.
Il y a aussi les jolies fesses de ma poupée
et celles de mon nounours bien rembourrées.
Il y a les fesses de ma maman.
Celles de mon papa.
Et puis mes fesses à moi.
Tout le monde a des fesses, même les princesses.
Et les mamies, ont-elles des fesses ?"

dimanche 25 mai 2008

Le rossignolais sans peine (pour les nuls)

Qui n'a jamais rêvé de chanter comme un rossignol ? Eh bien, c'est maintenant chose possible grâce au Magasin pittoresque, "premier magazine encyclopédique hétéroclite et illustré au service du plus grand nombre", oeuvre de Monsieur Edouard Charton (1833), que les éditions Elytis ont eu la bonne idée de rééditer en 2007.

On y lit ceci :
"L'allemand Bechtein est parvenu à rendre assez exactement par les combinaisons de nos lettres l'effet produit par la voix de l'oiseau. Nous les donnons ici : il faut les siffler et essayer de prononcer dans le sifflet les sons indiqués par les lettres.

Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou,
Shpe tiou tokoua,
Tio, tio, tio, tio,
Kououtio, kououtiou, kououtiou, kououtiou,
Tskouo, tskouo, tskouo, tskouo,
Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii,
Kouoror tiou, tskoua pipitskouisi,
Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tisrrhading,
Tsisi si tosi si si si si si si,
Tsorre tsorre tsorre tsorrehi,
Tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn,
dlo dlo dlo dlo dlo dlo dlo dlo dlo
Kouioo trrrrrrrrtzt
Lu lu lu ly ly ly lî lî lî
Kouiou didl li loulyli
Ha guour guour, koui kouio
Kouio, kououi kououi kououi koui koui koui koui
Ghi, ghi, ghi.
Gholl gholl gholl goll ghia budndoi.
Koui koui hors ha dia di dillhi
Hets, hets, hets, hets, hets, hets, pets, hets, hets, hets,
Hets, hets, hets, hets, hets,
Touarrho hostehoi
Kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouiati.
Koui koui koui io io io io io io io koui
Lu lyle lolo didi io kouia.
Higuai guai guay guai guai, guai guai guai kouior tsio tsiopi."

Il faut un peu d'entraînement, mais la saison s'y prête, n'est-ce pas ?

jeudi 22 mai 2008

Gain de place


Repéré sur le blog Vagabondages un meuble assez pratique, qui permet de classer plein de livres dans tous les sens, harmonieusement et avec élégance

mardi 20 mai 2008

Lisbonne

Je suis en train de relire mon livre préféré : Le cul de Judas d'Antonio Lobo Antunes : une nuit, dans un bar de Lisbonne, un homme désabusé parle à une femme, essaie de la séduire, lui raconte sa vie et surtout les deux années qu'il a passées en Angola pendant la guerre en tant que médecin militaire. Extrait :

"Vous avez raison, je divague, je divague comme un vieux sur un banc de jardin perdu dans l'étrange labyrinthe du passé, qui remâche des souvenirs au milieu de bustes et de pigeons, les poches bourrées de timbres, de cure-dents et de tickets, bougeant continuellement les mâchoires comme s'il préméditait un crachat fantastique et définitif. Le fait est que, à mesure que Lisbonne s'éloignait de moi, mon pays, vous comprenez ? devenait irréel, mon pays, ma maison, ma fille aux yeux clairs dans son berceau, irréels comme ces arbres, ces façades, ces rues mortes dont l'absence de lumière fait penser à une foire terminée, parce que Lisbonne, vous voyez, c'est une kermesse provinciale, un cirque ambulant monté au bord du fleuve, une invention faite d'azulejos qui se répètent, se rapprochent et se repoussent, et déteignent leurs couleurs imprécises en rectangles géométriques sur les trottoirs, non, sérieusement, nous habitons un lieu qui n'existe pas, il est absolument inutile de le chercher sur les cartes parce qu'il n'existe pas ; c'est là ; un oeil rond, un nom, mais ce n'est pas elle ; Lisbonne commence à prendre forme, croyez-moi, avec la distance, elle gagne alors de la profondeur, de la vie et de la vibration (...)"

vendredi 16 mai 2008

P'tit noir

A regarder avant de prendre son premier café du matin

Unisassi laulelet

Cet été, on pourra voir The Do (normalement il faudrait un O barré, mais je n'ai pas ça...) dans la plupart des grands festivals. Leur album, "A mouthful", sorti en janvier, connaît un joli succès. Bravo à Olivia B. Merilahti et Dan Levy !

Ce qui est plus inattendu, c'est que grâce à cet album on peut s'initier aux sonorités du finnois en écoutant la chanson "Unissasi laulelet" - en fait, il me semble que c'est du finnois, mais je n'en suis pas totalement sûre ; ce qui est sûr, c'est que ça ne ressemble à aucune langue que je connais...

Voici les paroles :

"Aurinko nousi hiipien / Oksalla syntyi varpunen / Heräsin hetkeks : unissasi laulelet

Peilille näytit kasvosi / Ja peili hymyn heijasti / Lupasit laulaa kovempaa / Rakkauden pensaan istuttaa

Aurinko nousi hiipien / Oksalla syntyi varpunen / Heräsin hetkeks : unissasi laulelet

Tahditon tuuli kuiskasi / Korvaasi maailman ihmeitä / Levoton tuuli uteliaan korvaan / Meren pohjan salaisuudet paljasti

Aurinko nousi hiipien / Oksalla syntyi varpunen / Heräsin hetkeks : unissasi laulelet

Tarpeeksi kultaa löysit kait / Kyllästyit merten pohjiin kait / Akkiä usva hallayöt / Toivat maan päälle ensi jäät / Vaalean aamun poskessa / Taas laulet"

Mon correcteur d'orthographe n'apprécie pas du tout cette chanson, que je connais presque par coeur à force de l'écouter : il souligne tous les mots, cet idiot qui ne sait même pas qu'en finnois, on écrit exactement ce qu'on prononce (et réciproquement).

Quelqu'un aurait-il une idée du sens de ces paroles, afin que j'arrête de chanter sans savoir quoi ?

Si loin la Sibérie

Quel bonheur de découvrir à la faveur d'un dimanche très pluvieux (après des mois de littérature tombe-des-mains-avant-la-30ème-page) le dernier roman de Michèle Lesbre, Le canapé rouge (éd. Sabine Wespieser, 2007) !

Un roman ferroviaire : la narratrice, Anne, laisse vagabonder ses pensées à l'occasion d'un voyage en Transsibérien pour rejoindre Gyl, un homme qu'elle a aimé et que finalement elle ne retrouvera pas. Tout la ramène vers sa voisine et complice, Clémence, une vieille dame facétieuse assise sur son canapé rouge, à laquelle elle lisait régulièrement des récits liés aux vies de femmes libres (Olympe de Gouges, Milena Jesenska, Marion du Faouët,...). Amour, présent et passé se font écho lors de ce voyage, sur fond de Russie post-soviétique.

Un livre tendre, lumineux et délicat, à ne pas rater.

Deux petites phrases pour donner envie de le découvrir : "Je m'oubliais, ou plus exactement j'étais happée, étourdie, enivrée par cette sorte de solitude qu'engendre le voyage, cet oubli momentané des habitudes, des repères" (p. 37) ; "N'avez-vous jamais croisé de ces êtres qui semblent ne pas se trouver sur votre chemin par hasard, mais par une sorte d'évidence si bouleversante que votre existence en est subitement transformée ?" (p. 52)

Et quelle joie ! Il me reste à découvrir les autres romans de Michèle Lesbre : Boléro (2003), Un certain Felloni (2004), La petite trotteuse (2005) chez Sabine Wespieser ; Nina par hasard (2001) au Seuil ; Que la nuit demeure (1999), Une simple chute (1997), Que la nuit demeure (1999) chez Actes Sud Babel noir.

Langue sauce piquante

De lien en lien, je suis arrivée par hasard (quoique...) sur le blog des correcteurs du Monde.fr, Martine Rousseau et Olivier Houdart : Langue sauce piquante, un site délicieusement érudit dont se délecteront les amoureux de la langue française. Bien que correcteurs, ils précisent qu'ils ne donnent pas de correction, même s'ils aiment le langage châtié.
A consommer, donc, sans modération !

mercredi 14 mai 2008

Délires d'écriture

C'est le joli mois de Mai du Livre d'Art !

Surprise : j'ai découvert dans ma bibliothèque un livre que je n'avais jamais remarqué : Ecriture en délire (éditions 5 Continents, 2004), publié à l'occasion de l'exposition éponyme présentée à la Collection de l'Art Brut à Lausanne en 2004.

Dans un entremêlement d'images et de mots, on y rencontre les oeuvres d'Aloïse, de Carlo Zinelli, Henry Darger, Emmanuel Derriennic, Jules Doudin, Howard Finster, Emile Josome Hodinos, Aimable Jayet, Jeannot, Sylvain Lecocq, Dwight Mackintosh, Pascal-Désir Maisonneuve, Gaston Marchal-Moreau, Kunizo Matsumoto, Francis Palanc, Laure Pigeon, Jeanne-Marthe Privat, Constance Schwartzlin-Berberat, Jeanne Tripier, August Walla, Adolf Wölfli, tous artistes généralement classés à la rubrique "art brut".

Quelques extraits de l'avant-propos de Lucienne Peiry :
"Les multiples artistes réunis dans cet ouvrage ignorent - volontairement ou non - les normes et les règles de la langue. Diaristes extravagants, épistoliers donquichottesques, écrivains utopistes, ils abordent l'écriture dans un esprit de désinvolture, d'invention gratuite et irrespectueuse. Chacun s'adonne avec subversion à faire s'affoler syntaxe, orthographe, alphabet. Aux conventions et aux normes, (ils) préfèrent les sens cachés, les labyrinthes graphiques et les malversations sémantiques et scripturales qu'ils font foisonner avec ferveur.
Dans leurs lettres d'amour ou de rage, leurs journaux intimes et leurs plaidoyers, ils insufflent à l'alphabet des inflexions graphiques et réactivent le corps des lettres. Ils redonnent aux mots une valeur pictographique. Certains poussent l'aventure jusqu'à conjuguer véritablement la figure et l'écriture et ainsi à réconcilier le verbe et l'image dans leurs dessins, leurs peintures, leurs broderies.
Les impulsions élémentaires de l'écriture, habituellement réfrénées et mises au ban par ce que Michel Thévoz appelle "le dressage éducatif", retrouvent sous leur plume ou leur pinceau leur vigueur et leur sauvagerie. (...)
La substance phonique tissée à la matérialité graphique redonne à ces énoncés inventifs et subversifs pleine valeur, à la rencontre du signifiant et du signifié, du sens et du signe."

mardi 13 mai 2008

Marie-Antoinette

Je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir Pandore au Congo d'Albert Sanchez Piñol (Actes Sud, 2007), traduit du catalan par Marianne Millon. Ce romancier a vraiment l'art du portrait ; qu'on en juge avec l'extrait suivant :

"Une tortue sans carapace est une chose extrêmement rare. A bien y réfléchir, les tortues sont déjà en soi d'étranges créatures, avec leurs petites pattes d'éléphant en miniature, leur bec de perroquet et leur queue conique. Et Marie-Antoinette, de surcroît, n'avait pas de carapace. C'était angoissant de la voir, plus mince qu'une saucisse, sa peau de reptile tendue autour de son corps. Elle ne pouvait cacher la tête nulle part et, dans une réaction hautaine, elle la tenait toujours dressée comme un périscope, défiant les humains d'avoir le courage de critiquer sa monstruosité ambulante. Parce que Marie-Antoinette ne se tenait jamais tranquille, et quand elle se déplaçait on aurait dit un nageur épileptique. Il était impossible de s'habituer à une tortue qui courait comme un scarabée, libre du lest que supposait la carapace. Soudain, on apercevait une ombre farouche, accrochée aux murs et tournant au coin. Marie-Antoinette détestait tous ceux qui la regardaient d'un air étonné."

lundi 12 mai 2008

Des temps et des vents à hauteur d'enfants

De purs chefs-d'oeuvres nous viennent du cinéma turc : après l'émerveillement que m'ont procuré les films de Nuri Bilge Ceilan (Uzak, Les climats) et Fatih Akin (Head on, De l'autre côté), je viens de découvrir le 4ème film de Reha Erdem, Des temps et des vents, à ne pas rater si on a la chance d'être à proximité de l'une des 24 salles françaises où il est actuellement projeté.

Des temps et des vents, c'est la vie quotidienne d'un petit village turc, au fil des heures et des saisons, à travers les yeux de trois enfants : Omer, Yakup, Yildiz. Une vie âpre, brutale, rythmée par la dureté des pères et des pierres. Une vie belle aussi, avec des naissances, une institutrice qui fait rêver, la beauté de la nature, la mer au loin, le temps qui s'étire.

Un film superbement photographié, servi par la musique d'Arvo Part. Pourquoi une si petite diffusion pour un si grand film ?

dimanche 11 mai 2008

Ne pas se perdre

Même en faisant de gros efforts, je n'ai pas le sens de l'orientation. Où que j'aille, je perds mon chemin, je m'égare, je crée des rallongis pas possibles : trop distraite, sans doute trop peu désireuse d'aller droit au but.

Que perd-on quand on s'égare ? Qu'égare-t-on quand on se perd ? Ce père... ses gares... Là, je fais un peu ma Jacqueline Lacan !

Quoi qu'il en soit, voici un itinéraire parisien erratique trouvé dans le roman de Grégoire Polet, Leurs vies éclatantes (Gallimard, 2007) :

"La rue de Valois donne dans la rue des Petits-Champs. La rue des Petits-Champs croise la rue Sainte-Anne, qui devient rue de Gramont puis rue Laffitte. La rue Laffitte donne devant l'église Notre-Dame-de-Lorette dans la rue de Châteaudun, qui donne dans la rue Lafayette, qui croire la rue du Faubourg-Poissonnière. La rue du Faubourg-Poissonnière aboutit au carrefour de Barbès-Rochechouart, où le boulevard de Rochechouart reprend le boulevard de la Chapelle, devient boulevard de Clichy, où est la place Pigalle. De la place Pigalle part la rue Jean-Baptiste-Pigalle, où donne la rue Notre-Dame-de-Lorette, qui traverse la place Saint-Georges, d'où part la rue Saint-Georges, qui donne dans la rue de Châteaudun, et Joseph se retrouve devant l'église Notre-Dame-de-Lorette, plus fatigué. D'où part la rue Laffitte, qui croise la rue de la Victoire, qui donne dans la rue Joubert, qui croise la rue de Caumartin, qui croise la rue de Provence, qui finit où finit la rue de Rome, dans le boulevard Haussmann. Sur le boulevard Haussmann est la place Saint-Augustin, d'où part la rue La Boétie, longue, qui croise les Champs-Elysées et devient la rue Pierre-Charron, qui devient l'avenue Pierre-1er-de-Serbie, qui se termine dans la place d'Iéna. De la place d'Iéna part l'avenue du Président-Wilson, d'où descendent les escaliers de la rue de la Manutention, qui croise l'avenue de New-York, où la passerelle Debilly enjambe la Seine jusqu'au quai Branly. Le quai Branly aboutit dans la place de la Résistance, d'où part l'avenue Bosquet, qui croise la rue Saint-Dominique, qui traverse l'esplanade des Invalides et croise la rue de Bourgogne, qui croise la rue de Grenelle, qui croise la rue du Bac, qui devient la rue Saint-Placide, qui devient la rue Notre-Dame-des-Champs. La rue Notre-Dame-des-Champs finit place Camille-Jullian, d'où part le boulevard de Port-Royal, qui finit dans l'avenue des Gobelins, qui finit place d'Italie, d'où part l'avenue d'Alésia. La rue d'Alésia croise la rue de Bigorre, qui donne dans la rue du Commandeur, qui donne dans la rue Bezout, qui croise la rue d'Alembert, qui croise la rue du Couédic, qui croise la rue Hallé, qui croise la rue Rémy-Dumoncel, où donne la rue Montbrun, qui croise la rue Bezout, qui croise la rue Hallé, où donne la rue d'Alembert, qui croise la rue Rémy-Dumoncel, qui croise la rue Hallé, qui croise la rue Bezout, qui croise la rue Montbrun, qui donne dans la rue Rémy-Dumoncel, qui croise la rue d'Alembert, qui donne dans la rue Hallé, qui finit dans la rue du Commandeur (...)"

Sacrée ballade, mais je me demande s'il ne s'est pas un peu égaré, d'autant qu'à ce moment-là de l'histoire Joseph ne sait pas trop où il va !