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lundi 12 avril 2010

Entre ici et là-haut

Elles empruntent leurs noms à Edouard Glissant, Boris Vian, Guy de Maupassant ou Louis Aragon, Pierre Mendès-France, François Mitterrand ou Jacques Duclos. Elles, ce sont vingt-trois bibliothèques et médiathèques de Seine Saint-Denis.

Il s'appelle Michel Denancé, est photographe spécialisé en architecture ; on peut découvrir son travail sur son site.

Elle s'appelle Vesna Vulovic, est hôtesse de l'air, yougoslave, et chute de dix mille mètres d'altitude après l'explosion de son avion - du moins, on peut croire cela.

On l'appelle Claro, il est le traducteur de quelques-uns des auteurs anglo-saxons contemporains les plus audacieux (parmi lesquels Thomas Pynchon, William T. Vollmann, tout récemment Paul Verhaegen), il a publié une dizaine de fictions (Chair Electrique, Madman Bovary,...), il co-dirige la collection Lot 49 aux éditions du Cherche-Midi. On peut suivre ce surdoué de l'écriture sur son blog Le clavier cannibale - c'est aussi le titre de son recueil d'essais sur la littérature et la traduction publié l'année dernière aux éditions Inculte.

A l'occasion de l'édition 2010 de Hors limites, une manifestation organisée par l'Association des bibliothèques de Seine Saint-Denis, Claro et Michel Denancé ont croisé écritures et regards pour Mille milliards de milieux, publié par les éditions Le bec en l'air dans la collection "Collatéral".

Le photographe a centré son travail non pas sur les bibliothèques-médiathèques elles-mêmes, mais sur leur environnement immédiat, à moins de dix mètres des bâtiments. Ses images horizontales, à hauteur d'homme, frontales, neutres - on pourrait presque dire objectives, sans figures rhétoriques ni lyrisme - alternent au fil des pages avec le style foisonnant, ample, inventif de Claro en un texte qui dit la chute. "Nous n'avons pas résisté à la tentation de les assembler en une forme éditoriale décalée, qui aboutit par exemple à un sens de lecture du texte inversé pour renforcer l'idée de la descente et faciliter la lecture des images", précise l'éditeur.

Et c'est très réussi, on éprouve un vrai plaisir à naviguer entre texte et images, à découvrir avec surprise que telle photo de nature envahie de chèvrefeuille à l'automne naissant, oui, c'est bien Clichy-sous-Bois ; que ces architectures comme on n'en fait plus, oui, c'est Villetaneuse mais cela pourrait être ailleurs ; que ces rues, ces carrefours, ces décors publics qui semblent des instantanés surpris au vol dans une petite ville endormie des Deux-Sèvres, oui, c'est bien aussi la Seine Saint-Denis.

Et le texte de Claro se dévide, se détend, file, file au gré des pensées de l'hôtesse chutant entre ciel et terre, s'autorise des fantaisies typographiques en autant de clins d'oeil, comme ici :

j e
v a i s
p l u s
v i t e
q u e
l a
m o r t



Extrait du texte de Claro, en invitation à découvrir ce livre pour lequel j'ai un vrai coup de coeur :
"Un scientifique s'est amusé à calculer le temps qu'a duré ma chute, il savait mon poids, ça n'a pas été difficile mais le résultat auquel il a abouti, et dont je ne me souviens plus, ne m'a pas satisfaite. On m'a interrogée là-dessus et j'ai dit que le chiffre était peut-être correct mais l'unité fausse, il ne fallait pas compter en secondes mais en années. Ma chute a duré plusieurs années, même si personne ne me croit. Mais ce sont des années-ciel, très différentes des années-lumière et des années-mort, plus proches des années-amour, en fait."


Claro, Michel Denancé, Mille milliards de milieux (Le bec en l'air, 2010)


mercredi 24 mars 2010

Grand public vs intellos

(J'ai écrit ce billet pour Marginales, mon blog Mediapart. Je le mets aussi ici car il concerne les bibliothèques publiques)


J'ai un problème : voilà treize ans que je travaille en bibliothèque publique, au service direct du public, et je suis incapable de dire ce que "grand public" veut dire, je ne sais vraiment pas ce qu'est le grand public ni ce qui est a priori bon pour lui, à savoir (implicitement) "pas trop intello".

Qui sont donc Monsieur et Madame Granpublic ? Que je sache cette catégorie, si souvent mise en avant lorsqu'il est question de bibliothèques publiques, n'a jamais été définie ni étudiée par les spécialistes de sciences humaines. M. et Mme GP ont-ils voté dimanche ? A droite, à gauche, au centre, aux extrêmes ? Se sont-ils abstenus ? Ont-ils des goûts moyens en toutes choses ? Un professeur des écoles appartient-il au grand public ? Et un professeur du secondaire ? Et un professeur d'université ? Et un ouvrier viré de sa boîte ? Et une majorette ? Et un gitan analphabète amateur de films de Jean Renoir ? Et un journaliste ? Les retraités sont-ils plus emblématiques du grand public que les adolescents de banlieue ? Les classes moyennes, est-cela, LE grand public ? Pour qui devons-nous travailler ? Danielle Steel est-elle grand public ? Et la bande dessinée ? Et Marcel Conche ? Et la poésie ? Les petits romans sont-ils plus grand public que les gros ? De plus, histoire d'introduire un peu de désordre dans nos catégories, les choix de Monsieur et Madame Granpublic sont parfois inattendus, leurs goûts et leurs intérêts ne les portent pas toujours vers où nous nous attendions à ce qu'ils aillent.

Autre facette du problème, corollaire de la précédente : je suis à peu près incapable de déterminer si un livre, une musique, un film, sont "intellos" - je ne suis pas du tout physionomiste, c'est peut-être lié.La catégorie "intello" est pour moi vide de sens. Les livres de François Jullien sont-ils intellos ? Certes, on suit mieux le fil de sa pensée si on connaît un peu le chinois et le grec, mais inversement ils peuvent susciter le désir de découvrir ces langues et ces pensées. Les films à petite diffusion appartiennent-ils à cette catégorie "intello" mal définie, si utile pour les exclure des fonds destinés au grand public ? La poésie est-elle intello ? Selon moi, elle parle à l'âme bien plus qu'à l'intellect ; de plus elle sert parfois, aussi, à lutter. Les cours de Michel Foucault au Collège de France, je parie que c'est intello - et pourtant ! Les livres d'un prix Nobel d'économie sont-ils intellos ? A mon avis, ils peuvent être utiles pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Essayer de comprendre, c'est ça être intello ? Mais dans le "grand public" avec lequel je travaille au quotidien, je vois une belle quantité de gens désireux d'avoir des outils pour comprendre. Sont-ils donc tous des intellos ? Ben non, puisque je vous dis que c'est le grand public !

Zut alors, reprenons à zéro. J'ai vraiment besoin d'aide !

mercredi 4 novembre 2009

mercredi 14 octobre 2009

Conjuguer accueil du public et politiques d'ouverture des bibliothèques (2/3)

Journée d'étude ABF Poitou-Charentes-Limousin

8 octobre 2009 à l'I.U.F.M. de Limoges


Organisation des services au public à Drancy :

pratiques d'hier à aujourd'hui

ophelie.ramonatxo@drancy.fr


Présentation (cliquer ici pour accéder au site du réseau des bibliothèques de Drancy) :

Sept médiathèques. La médiathèque centrale (construite en 2005 et située à 10 mn en RER de la BPI) est ouverte 7 jours sur 7

Communauté de communes de l'aéroport du Bourget / Drancy - Le Bourget - Dugny (proche banlieue parisienne). Bassin de population de 90 000 habitants.


Drancy a toujours fonctionné en réseau.

Objectif des élus : que Drancy devienne célèbre pour autre chose que son camp de concentration.

Jusqu'en 2007 : bon maillage mais petits équipements dans des lieux non conçus pour cet usage, y compris la centrale (50 000 documents dans 600 m2). Aucun désherbage n'avait été fait pendant 50 ans, il y avait des réserves sauvages à divers endroits.

Aujourd'hui : établissement tout vitré (4 000 m2) à la frontière Drancy – Le Bourget.



Espace totalement décloisonné : plus grand mélange des publics, besoin de moins de personnel pour ouvrir

Inauguration simultanée de deux bibliothèques de quartier en même temps que la nouvelle médiathèque


Commande politique :
- ouvrir le dimanche (commande du nouveau maire, sur le modèle d'Issy-les-Moulineaux)
- occuper les jeunes
- ouvrir le lundi pour toucher des publics différents (personnes âgées, commerçants)
- « ouvrir plus pour gagner plus... de public » : 17 h en 2001 (10 h pour la section jeunesse), 26 h en 2003 avec harmonisation adultes / jeunesse, 31 h en 2004.
- ouvrir plus tard le soir (finalement, juste 1/2 heure de plus, jusqu'à 19 h, ce qui permet un passage rapide d'actifs sortant du travail). Expérience d'une soirée poker jusqu'à 23 h : gros succès.


Organisation actuelle :
- 60 agents, dont 35 à la centrale
- 41 heures d'ouverture sur 7 jours (souhait initial des élus : 60 heures)
- journée continue le mercredi et le samedi
- l'idée d'ouvrir les matins en semaine a été abandonnée
- fermeture le dimanche en juillet et août, ainsi que les dimanches collés à un jour férié
- pour le personnel : 4 dimanches travaillés par an, heures récupérées doubles (différent d'Issy-les-Moulineaux, où le dimanche est un jour banalisé) ; un jour sur deux on finit tard (19 h 15), un jour sur deux on finit tôt
- ouverture du dimanche : 5 titulaires présents (4 postes de travail + 1 bibliothécaire mobile) et 7 vacataires de nivdeau bac à bac +2

Un arrangement a été trouvé avec les équipes après un travail collectif : chacun a pu proposer un scénario. Les syndicats ont été consultés sur la fin (les équipes n'étant quasiment pas syndiquées), à la demande de la Direction.


Conséquences :
- 15 % d'inscrits sur les 3 villes (6 % en 2002)

- entrées : 45 000 en 2003, 200 000 en 2008 (ensemble du réseau) sans énorme campagne de communication. Les élus n'ont pas pris conscience tout de suite de l'importance du dimanche

- prêts par jour : en 2006 le plus petit jour était le lundi, le plus gros le samedi. Puis le jeudi est devenu le jour pauvre, le dimanche le plus gros en prêts et le samedi a explosé

- plus gros jour le mercredi, suivi du samedi et du dimanche

- le dimanche après-midi concurrence un samedi complet, l'activité du lundi dépasse celle d'un jeudi ou d'un vendredi. Certains usagers sont propres au dimanche, mais on assiste aussi à un report d'activité depuis les autres jours. Pas d'animations spécifiques.


- publics spécifiques le dimanche (beaucoup de fréquentation familiale) et entre 12 h et 14 h

- organisation interne : le travail du dimanche est bien accepté, voire très (trop) demandé par les agents ; rythme de travail régulier, mais à flux tendu



QUESTIONS ET DISCUSSION AVEC LA SALLE :

Nouveaux publics ?

Il faudrait une analyse fine. Le public du dimanche est proche de celui du samedi. Importance du travail avec les partenaires locaux pour élargir la sociologie des publics. Mais la première condition, c'est d'être ouvert si on veut "conquérir de nouveaux publics"


Gratuité ?

Oui (inscription, prêts tous supports, 40 ordinateurs en libre accès) y compris pour les gens extérieurs à la communauté de communes. Sur le point de passer au prêt illimité pour les documents imprimés. Un sac donné à chaque inscription. Carte payante si elle est perdue 2 fois.


Annexes ouvertes 25 heures par semaine, en horaires complémentaires. Elles pourraient devenir pionnières en matière d'innovation (jusqu'à présent c'était la centrale)

Communauté de communes : émulation entre les municipalités pour être à la pointe de l'évaluation


Etudiants : collaboration de courte durée. Travaillent 4 heures le dimanche et tournent sur les samedis (7 heures)


jeudi 8 octobre 2009

Conjuguer accueil du public et politiques d'ouverture des bibliothèques (1/3)

Journée d'étude ABF Poitou-Charentes-Limousin

8 octobre 2009 à l'IUFM de Limoges


Quelques notes prises au vol, en trois parties :

  1. La conquête de nouveaux publics passe-t-elle par de nouveaux horaires d'ouverture ?

  2. Organisation des services au public à Drancy : pratiques d'hier à aujourd'hui (cliquer ici)

  3. Table ronde : Comment bâtir une politique d'ouverture ? Pour qui ? Comment ? Avec quel personnel ?



La Library 10 à Helsinki


La conquête de nouveaux publics passe-t-elle

par de nouveaux horaires d'ouverture ?

Françoise Gaudet (conservateur à la BPI, service études et recherche)


Entre 2005 et 2007, la situation n'a quasiment pas évolué : 19 h 57 d'ouverture hebdomadaire pour les bibliothèques municipales françaises. Les exemples étrangers, que ce soit dans les pays anglo-saxons, nordiques ou méditerranéens montrent que nous ne sommes pas bons. Il faut toutefois souligner qu'il existe des querelles de chiffres)

Rappel : l'enquête CREDOC a bien montré que les bibliothèques publiques peinent à attirer certaines catégories de la population (ouvriers) ; la courbe des inscrits monte avec la courbe de revenus.

Vaut-il mieux chercher à augmenter la fréquentation ou diversifier les publics ?

La BPI est ouverte à tous, mais est majoritairement fréquentée par des étudiants.

Pourquoi la majorité des Français viennent-ils si peu en bibliothèque, alors qu'ils trouvent majoritairement que c'est bien ?

Cf. enquête CREDOC + travail de Bruno Maresca « Les bibliothèques municipales en France après le tournant internet » :

- manque de temps (toutes catégories confondues) : le rapport au temps a changé

- manque d'habitude (pour les non usagers) – réponse tautologique et grave : conviction que c'est un bon endroit, mais pour les autres.
- méconnaissance profonde de ce qu'est la bibliothèque aujourd'hui, problème de communication, question de l'accessibilité (horaires d'ouverture, surtout mis en avant par les usagers)
- comment garder le public présent tout en attirant un public fragile ?
- problème des horaires compliqués, dissuasifs
- bibliothèques fermées au moment où les gens sont disponibles. A noter : beaucoup de bibliothécaires ne pourraient pas fréquenter une bibliothèque en raison des horaires d'ouverture...

A la BPI (pas de prêts, pas d'inscription), un tiers des actifs viennent après 18 h.

Les pratiques changent : fort développement de la lecture sur place (14 % d'usagers non inscrits en 2005, contre 7% en 1997).

Ces changements ont des répercussions sur d'autres indicateurs :

- les visites sont plus occasionnelles (20 % des non inscrits viennent « régulièrement » contre 60 % des inscrits)

- les usagers viennent moins souvent, mais restent plus longtemps (hausse des visites de plus d'1 heure). A la BPI, le nombre d'entrées baisse depuis 2002, mais elle reste toujours pleine (les files d'attente ne sont pas une légende).

Augmentation de l'offre : multimédia, animations,... On s'attarde, on flâne à la bibliothèque, on y travaille sur place.

Depuis l'arrivée d'internet, on assiste à un profond changement dans les modes de recherche d'informations : par exemple, pour aider les enfants dans leurs études, 50 % des personnes interrogées dans l'enquête du CREDOC disent utiliser internet, 20 % la bibliothèque. On ne va plus en bibliothèque pour consulter une encyclopédie.

L'emprunt de livres reste majoritaire chez les inscrits. Augmentation du travail sur place, y compris avec ses propres documents.


La BPI, un cas d'école :

- bibliothèque nationale, en plein centre de Paris

- horaires d'ouverture très larges, y compris le dimanche (file d'attente moyenne de 1 h 07, 16 mn en semaine, 24 mn le samedi).
- pas les mêmes usagers le dimanche et en semaine
- moins d'entrées le dimanche, mais visites plus longues (5 000 visiteurs en moyenne pour une durée de 4 h 23 le dimanche, plus de 6 000 le lundi pour 3 h 10)
- profil différent : plus de jeunes, d'étudiants (82 % le dimanche), qui fréquentent d'autres bibliothèques en semaine, beaucoup de visites en groupes même si le travail est individuel
- ouverture du soir : à 13 h, les étudiants représentent 82 % des visiteurs, alors qu'à 21 h les non étudiants représentent 50 % du public
- un groupe travaille actuellement sur un éventuel élargissement des horaires pour attirer plus d'actifs (auto-formation par ex)
- à l'occasion de la « Nuit blanche », la BPI reste ouverte jusqu'à 2 h du matin : gros succès
- 44% des retraités déclarent qu'ils viendraient après 22 h : la demande existe.


QUESTIONS DES PARTICIPANTS

* Y a-t-il une section jeunesse à la BPI ?

Non, elle a été supprimée car elle attirait seulement les jeunes du quartier). L'accueil de ce public relève de la Ville de Paris. Toutefois, les enfants accompagnés peuvent venir à la BPI.



* Arrive-t-il que la BPI accueille des adultes donnant des cours particuliers à des lycéens ?

Non. A la BPI, les lycéens viennent souvent en groupe et se partagent les tâches. Une étude est en cours sur les usages du portable.


* Lorsqu'une bibliothèque modifie ses horaires d'ouverture, combien de temps faut-il avant de voir un changement dans la fréquentation ?

A Drancy (gros équipement ouvert 7 jours sur 7), après 2 ans la modification des habitudes est très sensible. Tout dépend de la communication. Une augmentation significative produit des résultats significatifs (à condition que les horaires soient adaptés). Question importante de l'organisation personnelle du temps. Nécessité d'enquêtes en amont. Il existe un « Bureau du Temps » à la Ville de Paris.


* Un groupe de travail vient de se mettre en place à la BPI en vue d'une réflexion concertée avec les bibliothèques municipales, la BnF et les BU. Des contacts ont été pris, la question est en cours de « débroussaillage ».


*Les étudiants ont-ils des problèmes pour fréquenter leur propre BU ?

Des enquêtes ont montré que ce qu'ils apprécient, c'est l'accessibilité (horaires d'ouverture) de la BPI, qui vient en complément de leur BU et de leur BM. Les étudiants sont majoritairement multi-fréquentants.


* Problème des enquêtes : on interroge les usagers et ils sont peu critiques.Parfois peu d'intérêt de la population pour les enquêtes sur la bibliothèque, avec des taux de réponses décevants. Il ne suffit pas de poser une question dans le bulletin municipal.


La bibliothèque de Tampere (Finlande)


samedi 18 juillet 2009

La Baule, bibliothèque


(les barreaux, c'est pour retenir le public captif ?)

mercredi 27 mai 2009

Une histoire pleine de livres

(J'ai écrit ce billet pour Marginales, mon blog Médiapart. Puisqu'il y est question de livres, de lecteurs, d'éditeurs et d'une bibliothèque, je le propose également ici)

On le sait maintenant, puisqu'il l'a avoué publiquement : Julien Coupat LIT. Oui. Il a un faible pour la philosophie. Ses amis aussi. Il est le chef d'un dangereux gang de jeunes lecteurs éduqués. A défaut de s'attribuer des actes revendiqués (et probablement commis) par d'autres, l'horrible présumé-terroriste passe le temps en lisant Michel Foucault (Surveiller et punir, c'est de circonstance) et L'insurrection qui vient (bonne lecture, si l'on fait abstraction de quelques mots malheureux sur les chemins de fer). Ce livre-là, non seulement il le lit, mais il est soupçonné - que dis-je ? - accusé de l'avoir écrit. Le présumé-terroriste est aussi présumé-écrivain. Et ça ne rigole pas : voilà plus de six mois qu'il est en prison à cause de ce livre-terroriste. Il était bien temps qu'il le lise et le relise ! Et son présumé-éditeur, Eric Hazan, a été mis à la question pendant plusieurs heures par les anti-terroristes. A se demander s'il ne serait pas un peu éditeur-terroriste - après tout, dans cette affaire pleine de livres, on trouve bien aussi un épicier-terroriste fortement soupçonné d'être, lui aussi, apte à la lecture et à l'écriture. On ne se méfie jamais trop des lecteurs-terroristes, ils sont capables de retourner la situation à leur avantage juste en utilisant leur arme favorite : les mots. La société peut légitimement les suspecter d'être des intellos. D'autant qu'ils ont plein d'amis et des soutiens dans le monde du livre, comme ces éditeurs récemment interpellés à Forcalquier et gardés à vue durant plusieurs jours.

J'ajouterai qu'on ne se méfie jamais trop, non plus, des bibliothèques pleines de livres que l'on peut présumer terroristes : une perquisition dans la bibliothèque-terroriste de ces jeunes gens, dans leur village-terroriste de Tarnac, n'était pas superflue. De gros lecteurs, figurez-vous, avec leurs 5000 ouvrages mis en commun. Cela prouve bien, n'est-ce pas ? Personne n'a été accusé d'en être le bibliothécaire-terroriste, mais l'enquête n'est pas close. Dans ce lieu propice à l'étude et à la réflexion, on a découvert pas moins de 27 livres subversifs. J'avoue que, en professionnelle du livre, je me pose bien des questions sur les 4970 livres non subversifs qui sont restés là-bas - que ne suis-je petite souris pour pouvoir me glisser dans cette bibliothèque...

J'ignore quel est l'avenir du livre en tant qu'objet sous sa forme actuelle, mais il n'est pas moribond et son présent me semble assuré : après tout, cette affaire pleine de livres a boosté les ventes d'au moins un titre, L'insurrection qui vient. Je terminerai par un texte extrait des carnets de Calaferte (1983), cité par Michèle Petit dans Eloge de la lecture : la construction de soi (Belin, 2005) : "Imaginer l'homme amputé de l'écriture et de son corollaire, la lecture, est faire référence à une société exclusivement soumise au réflexe mécanique où il n'aurait plus d'identité propre ; que ce décervelage soit préconisé par des bandes intéressées, certes, mais c'est sans compter avec l'exigence poétique, cette énergie vitale qui, sous quelque forme que ce soit, est comme implantée dans chaque individu, lui permettant, pour le moins, de s'assigner une dignité à titre individuel.

L'entretien de Julien Coupat avec Isabelle Mandraud et Caroline Monnot (Le Monde)

"Drôle de terroriste", le regard d'un journaliste québécois sur cette affaire française (Le Devoir)

jeudi 30 avril 2009

La lecture, ce vice à punir

Avez-vous des livres subversifs dans votre bibliothèque ? Moi, oui. Philosophie subversive, poésie subversive, art subversif, romans subversifs, essais subversifs. Sans oublier les textes de base des grandes religions, ceux qui touchent aux politiques linguistiques. Et tous les Grands de la littérature. Et les expérimentaux. En réfléchissant bien, il est fort probable qu'il n'y ait dans ma bibliothèque aucun livre non subversif. Quel serait, d'ailleurs, l'intérêt de s'entourer d'écrits insipides, consensuels, lisses, qui n'apportent rien à la réflexion ?

Il y a quelques mois, ptilonorhynque disait se sentir "quelque peu perturbée" en déballant le contenu de sa bibliothèque sur Babelio : impression de se livrer, de se dévoiler un peu trop, de se mettre en danger. Eh bien, il faut le savoir, les livres que nous possédons dans nos bibliothèques peuvent retenus contre nous. Par la justice de notre pays. C'est ce qui vient de se produire à la bibliothèque collaborative de Tarnac, petite bourgade du Plateau de Millevaches (Corrèze) : les policiers y ont saisi vingt-sept livres (sur 5000) qu'ils ont estimés subversifs, pour les porter au dossier d'instruction dans le cadre de "l'affaire Coupat". J'aimerais beaucoup connaître la liste complète des titres saisis. Je sais seulement, grâce à un article de Libératon, que parmi eux figurent L'insurrection qui vient (gros succès de librairie depuis quelques semaines...), un livre de Toni Negri, une enquête du journaliste David Dufresne publiée chez Hachette-Livres, Maintien de l'ordre.

Lorsque j'ai eu connaissance de cette descente de police dans une bibliothèque, j'avoue que mon sang de bibliothécaire s'est mis à bouillonner. Je me suis interrogée sur le pouvoir du livre, aujourd'hui où tout circule si facilement sur internet. Les livres sont encore perçus comme un danger par les pouvoirs en place ! Ils peuvent être pris en considération par la justice comme élément à charge ! Aujourd'hui ! En France ! J'en suis abasourdie, partagée entre le rire et l'indignation. D'autant plus que ces ouvrages, il suffit d'aller dans une librairie ou une bibliothèque publique pour les trouver - on déniche aussi facilement, sur internet, de larges extraits de la prose fort intéressante du Comité invisible...

La petite bibliothèque de Tarnac n'est (n'était ?) certes pas une bibliothèque "publique" au sens où nous, professionnels, l'entendons habituellement. Le bibliobus de la bibliothèque départementale de prêt de la Corrèze n'y faisait peut-être pas de dépôt. Il s'agit d'une bibliothèque privée, mais gérée collectivement et largement ouverte aux amis, ainsi qu'à la population du village et du Plateau. Je n'ai jamais mis les pieds à Tarnac, mais j'imagine cette bibliothèque comme un lieu de vie, un espace mis en commun, propice à l'étude, à la réflexion et aux échanges, en lien étroit avec un autre lieu si important dans la vie d'un village : l'épicerie.

Les bibliothécaires apprécieront. Les autres aussi.

Pour prolonger : le blog de Benjamin, "épicier-terroriste" amateur de livres

vendredi 24 avril 2009

Mineur du livre à la British Library

"J'aurais dû deviner que je finirais par m'embarquer dans une histoire avec les livres. Je trouvai un boulot monotone mais pas compliqué à la British Library, où je me transformais en ver de terre muni de bras afin de remonter à la surface des livres qui s'entassaient sur des kilomètres de tunnels sous Bloomsbury. Je passais mes journées dans les entrailles de ce sinistre bâtiment, cerné par des monceaux de papier imprimé qui tombait en poussière, émergeant de temps à autre dans la lumière et l'espace de la magnifique salle de lecture. Tout en travaillant, je chantais, ou je fredonnais : "Je suis un ver et je vis sous la terre."

Mes yeux, comme ceux de mes compagnons de travail, s'étaient adaptés à cette seule lumière tamisée et artificielle. Nous, les mineurs de livres, nous méprisions les lecteurs, leur arrogance, leur oisiveté, les jeux de séduction auxquels ils s'adonnaient entre eux. Ne se rendaient-ils pas compte qu'ils étaient dans une bibliothèque ? Même si nous étions un peu bizarres, un peu monstrueux même - véritables notes de bas de page du corps de leur texte -, ne pensaient-ils jamais à ce que nous faisions pour les approvisionner ? J'aimais pousser mon chariot, le dos courbé, dans les profondeurs de la terre, dans ce que Keats appelait les "passages sombres". Certains de ceux avec qui je travaillais peinaient dans cette vallée de livres depuis trente ans. Ils étouffaient mais se sentaient en sécurité, au milieu de cette forêt de papier où ils avaient fait leur trou. Il n'y avait pas de meilleur endroit où s'enterrer vivant."

Hanif Kureishi, Quelque chose à te dire (Christian Bourgois, 2008). Traduit de l'anglais par Florence Cabaret

mercredi 1 avril 2009

Ma bibliothèque change

L'équipe de la bibliothèque de Beaubreuil se penche depuis plusieurs mois ( ah ! les brainstormings !) sur des améliorations substantielles à apporter au fonctionnement de cet équipement de quartier. Plusieurs modifications entrent donc en vigueur aujourd'hui :

- Les ateliers "découverte de l'ordinateur" destinés aux séniors seront dorénavant animés par des adolescents, de façon à valoriser leurs compétences et à favoriser le lien intergénérationnel ;

- Les opérations de prêt et de retour de documents seront faites par des enfants les mercredis et samedis après-midis : ils adorent manipuler la douchette, pourquoi les en priver ?

- Il est désormais possible d'enregistrer ses documents soi-même avec son téléphone.

- La bibliothèque a acquis un millier d'i-phones empruntables gratuitement.

- Il est désormais possible d'emprunter les livres page par page.

- Un service "Empruntez un bibliothécaire" fonctionne de façon satisfaisante depuis déjà plusieurs semaines. Nous lançons aujourd'hui, en complément, une grande opération "Empruntez un lecteur" ; chacun pourra ainsi alternativement emprunter et être emprunté, au gré de ses humeurs.

- Les quotas de prêt sont totalement supprimés, chaque usager ayant le droit de décider pour lui-même.

- Enfin, les bibliothécaires disposent désormais tous d'un compte Facebook et d'un compte Twitter : il est donc possible de les suivre, de les poker, de tchater avec eux.

Bonne journée, chers lecteurs !

mercredi 18 mars 2009

La bibliothèque outil de citoyenneté, carrefour des langues

Notes prises lors de la table ronde de l’ENSSIB au Salon du Livre de Paris, lundi 16 mars (il est possible qu'il y ait quelques erreurs sur l'orthographe du nom des intervenants - si c'est le cas, je remercie par avance toute personne qui voudra bien me le signaler...).

Animateur : Yves Alix, (Bulletin des Bibliothèques de France).
Participants : Dominique Tabah (bibliothèque de Montreuil), Olivier Chourrot (BPI), Sandrine Malotaux (IN Polytechnique Toulouse), Dominique Gilot (maire d’Eragny-sur-Oise, ex-secrétaire d’Etat auprès de Martine Aubry)

YA :
Rôle des bibliothèques dans l’insertion professionnelle après l’université (cf. loi LRU) et dans la formation tout au long de la vie ? Ce n’est pas, a priori, la mission primordiale des bibliothèques ; cela n’appartient pas non plus à leur image.
Sources disponibles : Médiathème « Pluralité culturelle en actes » ; journée ARPEL Aquitaine sur les relations entre bibliothèques et organismes de formation.
A paraître dans quelques jours : BBF n° 2-2009 « Bibliothèques, formation, insertion ».

DG :
La bibliothèque offre au citoyen la possibilité de prendre sa vie en main. C’est un creuset, un lieu d’ancrage pour un projet culturel. Elle participe à l’évolution du territoire. Elle ne sert pas uniquement à la conservation et au prêt de documents, mais peut être actrice de citoyenneté. C’est un instrument de lutte contre le délitement social. Il faut envisager une évolution des pratiques tout en conservant ses missions traditionnelles. Problème de résistance au changement, de la part des professionnels, mais aussi du public. Nécessaire évolution des métiers, qui suppose une volonté conjointe des élus et des professionnels. Il faut accepter l’expérimentation pour créer ensemble une nouvelle identité collective. La bibliothèque est un élément dans une réflexion urbaine plus large, c’est un outil au service des politiques locales. C’est un deuxième chez-soi, un « centre social à vocation culturelle ».

YA :
Lise Bissonnette (Bibliothèque nationale du Québec) insiste sur le caractère fondamentalement culturel de la bibliothèque.

OC :
Projet « cap métiers » : les bibliothèques peuvent être partenaires pour soutenir des projets. Quelle est leur légitimité pour intervenir dans le domaine de l’économique et du social ?
Trahison linguistique : « life-long learning » se place du point de vue de l’usager et concerne toute forme d’acquisition de connaissances, alors que « formation tout au long de la vie » se place du côté d'une institution qui forme/formate ; on trouve la même opposition chez les philosophes des Lumières. Cf. Adam Smith : éducation centrée sur le sujet. A l’université, même hiatus entre enseignement-recherche et insertion professionnelle. Loi LRU : l’insertion est la troisième mission des universités.

SM :
La loi LRU prévoit des bureaux d’aide à l’insertion professionnelle dans toutes les universités. Trois champs d’action : réussite à l’université (actions « aide à la réussite », travail sur l’échec en 1ère année, appropriation des codes de l’université) ; professionnalisation de la licence (diminution de l’hégémonie des filières généralistes, maîtrise des TICs, des langues étrangères, du français écrit et oral) ; aide à l’insertion professionnelle des étudiants. La plupart des BU françaises sont maintenant dans des bâtiments neufs ou rénovés. L’amplitude des horaires d’ouverture, le personnel qualifié, sont des atouts indéniables pour en faire des outils d’aide à la réussite. Elles perdent peu à peu leur dimension de bibliothèques de recherche et la place des étudiants y a augmenté. Elles offrent des conditions optimales pour le travail personnel. Les étudiants y trouvent à la fois des fonds, du matériel informatique, du matériel d’auto-apprentissage, des animations culturelles, une formation à la recherche documentaire et d’information. Elles servent à la médiation entre l’individu et le champ de connaissances. De plus, elles sont le lieu de sociabilité qui manque ailleurs sur les campus.

DT :
Le rôle social et la mission culturelle des bibliothèques sont complémentaires. Pour l’autodidacte, la bibliothèque est par excellence un lieu où on apprend. Egalement un lieu de valorisation des cultures d’origine. Rappel : c’est un équipement non obligatoire, mais 100 % de la population pourrait fréquenter ce lieu… Lieu intergénérationnel où la mixité est une idée forte. Rôle important dans l’adaptation à la société qui vient : ouverture aux formes modernes de la culture. Conjugaison écrit – image – son – création. Importance de l’analyse démographique des populations à desservir : le premier obstacle à la fréquentation peut être la langue. Important de penser l’information en plusieurs langues. Services à développer : aide à l’apprentissage du français, fonds de textes francophones traduits dans d’autres langues.

Discussion :
Qu’est-ce que la médiation ?
La connaissance des outils ne suffit pas. De plus, nous n’avons pas tous les instruments.
Importance de la culture générale des bibliothécaires : le métier reste une profession intellectuelle.
Nécessité pour les bibliothécaires de trouver des partenariats et des médiateurs sur leur territoire.

vendredi 6 mars 2009

Découvrir les bibliothèques finlandaises : un voyage, des photos et quelques sites

Du 22 au 27 février, un groupe de 16 bibliothécaires membres de l'ABF (Limousin-Poitou-Charentes) a eu la chance de découvrir les bibliothèques de Helsinki et Tampere à l'occasion d'un voyage en Finlande. Quelques images et des sites pour compléter la visite :

Des bibliothèques


Internet à la Library 10 (Helsinki)





Des postes d'écoute pour découvrir les groupes et musiciens locaux




Dedans-dehors à la Pohjois-Haaga Library




Une petite bibliothèque sur l'île de Suomenlinna



Rikhardinkatu Library à Helsinki



La magnifique bibliothèque de Tampere


... et des sites internet

Library 10 (Helsinki) : bibliothèque 100 % musique et expérimentations
Viikki Library (Helsinki) : BM et BU dans un même établissement
Pohjois-Haaga Library (Helsinki) : bibliothèque de quartier
Rikhardinkatu Library (Helsinki) : bibliothèque centrale
Apple Library (Espoo) : bibliothèque dans un centre commercial
Sello Library (Espoo)
Tampere City main Library (Tampere)
Netti-Nysse Internet Bus (Tampere) : atelier multimédia dans un autobus
Sampola Library (Tampere) : bibliothèque de quartier

Finnish Library Association : l'ABF finlandaise

Très peu de biblioblogs en Finlande - Elina Harju, responsable du bus internet de Tampere, admet que "that would be a good idea". Libworld en liste toutefois quelques-uns, à réserver aux amateurs de finnois dans le texte.

vendredi 20 février 2009

Nolla, yksi, kaksi...

...kolme, neljä, viisi, kuusi, seitsemän, kahdeksan, yhdeksän, kymmenen (de 0 à 10 en finnois : ce n'est pas si compliqué, il suffit d'apprendre ça par coeur et de le déclamer ou, mieux, de le chanter comme une petite ritournelle. On se sent tout de suite ailleurs).

Encore un peu de vocabulaire :
- kirja : livre
- sana : mot
- sanakirja : dictionnaire (en connaissant les deux premiers mots, on en comprend un troisième)
- kirjasto : bibliothèque
- kirjakauppa : librairie
- kirjoittaa : écrire
- kirjailija : écrivain
- kirjaaminen : inscription
- kirjoittautua : s'inscrire
- puhua : parler
- puhutko ranskaa ? : est-ce que tu parles français ? (en Finlande, tout le monde se tutoie)
- jäätävä : glacial (je ne sais pas pourquoi, mais celui-ci me semble facile à retenir)

- joo / ei : oui / non
- sori : sorry
- hyvää huomenta : bonjour (le matin)
- hyvää päivää : bonjour (après-midi)
- hyvää iltaa : bonsoir
- päivää : salut (on peut dire aussi "moi moi", où est une diphtongue).

Voici notre beau programme de visites de bibliothèques :
- Kirjasto 10 à Helsinki
- Viikki library à Helsinki
- bibliothèque de quartier de Pohjois-Haaga
- Rikhardinkatu library à Helsinki
- bibliothèque Sello à Espoo
- bibliothèque Apple à Espoo
- bibliothèque centrale de Metso à Tampere.

Xavier Galaup a consacré aux bibliothèques finlandaises des billets très documentés et bien illustrés : ici et . Une mine d'informations ! En complément, on trouve aussi beaucoup d'éléments intéressants sur ce site dédié aux bibliothèques finlandaises (en anglais).

vendredi 12 décembre 2008

Librophiliaques voyageurs

Facebook est décidément bien loin de l'image caricaturale que certains en donnent : le principal danger est d'y rencontrer des amis d'amis d'amis, que vous ne connaîtrez peut-être jamais "en vrai", mais avec lesquels vous avez de nombreux points communs et qui vous offrent des occasions de découvertes extraordinaires. Ainsi Veronika - amie d'ami d'ami - m'envoie aujourd'hui un lien fabuleux (j'ai du mal à modérer mon enthousiasme) vers le blog Curious Expeditions, dont les auteurs, bibliophiliaques convaincus, ont ramené de leurs pérégrinations à travers le monde des photographies de bibliothèques historiques. Tout simplement merveilleux.

"There is nothing more magical than a beautiful old library" disent-ils. I agree !



Photo : à la bibliothèque de la cathédrale de Hereford (Grande-Bretagne), les livres précieux sont enchaînés pour éviter les vols...


samedi 20 septembre 2008

Signalétique d'interdiction


Toutes les bibliothèques ont maintenant une signalétique qui interdit ou limite l'usage des téléphones portables. Mais certaines sont un peu plus sévères...

vendredi 13 juin 2008

Public 0.0 ?


Le congrès de l'ABF, les bibliothèques 2.0, c'est bien, mais il y a une vie outside.
Lionel est le jeune patron assez branché d'un petit restau espagnol sympa à proximité du Centre des congrès de Reims. Les médiathèques modernes, il n'aime pas trop : trop carrées (il dessine un cube dans l'espace), elles se ressemblent toutes et manquent de charme à son goût. Lui, ce qu'il aime à Reims, c'est la bibliothèque Carnegie avec ses vieux livres ("il y en a même qui sont épuisés"), ses vieux bâtiments, le silence. Nostalgie d'un lieu rêvé, magique. La vraie bib à l'ancienne, quoi ! Je ne lui ai pas demandé s'il préférait aussi les vieilles bibliothécaires, ni s'il regrettait l'époque où les bibliothèques étaient interdites aux chiens et aux enfants...
Il me raconte une histoire de blonde. Une blonde, donc, entre dans une bibliothèque et demande à la (la, bien sûr) bibliothécaire : "Un Big Mac, une frite et un Coca". La bibliothécaire : "Voyons, Mademoiselle, c'est une bibliothèque, ici !" La blonde chuchote : "Bonjour Madame, je voudrais un Big Mac, une frite et un Coca, s'il vous plait". Que ceux qui la connaissaient déjà m'excusent, mais elle m'a fait rire.

mercredi 11 juin 2008

jeudi 5 juin 2008

Manga à la bibliothèque de Limoges









Face au débat sur l'ouverture des bibliothèques, la bibliothèque de Beaubreuil à Limoges a décidé d'ouvrir 2 heures supplémentaires le mercredi 11 juin!
A cette occasion, la bibliothèque accueillera Patrick Gaumer, critique et journaliste de bande dessinée, pour une rencontre autour du manga et de ses spécificités.
Si vous êtes dans les environs, rendez-vous à la Bfm Beaubreuil de 18h30 à 20h30.

mercredi 4 juin 2008

Horaires de fermeture

Il est souvent très utile d'observer le réel par en-dessous, de le banlever* pour voir sa face cachée.

Prenons le cas des bibliothèques publiques, par exemple. On s'interroge beaucoup sur leurs horaires d'ouverture, que l'on dit insuffisants ; mais on se pose peu de questions sur leurs horaires de fermeture. Voici ceux de ma bibliothèque de quartier :
- lundi : de 0 h à 24 h,
- mardi : de 0 h à 14 h, de 18 h 30 à 24 h,
- mercredi : de 0 h à 10 h, de 12 h à 14 h, de 18 h 30 à 24 h,
- jeudi : de 0 h à 14 h, de 18 h 30 à 24 h,
- vendredi : de 0 h à 14 h, de 18 h 30 à 24 h,
- samedi : de 0 h à 10 h, de 12 h à 14 h, de 18 h à 24 h,
- dimanche : de 0 h à 24 h,
soit un total de 142 heures de fermeture par semaine, qui permettent à nos usagers biblio-addicts de faire tout autre chose que se livrer à leur vice.

Je sens que la bibliothéconomie farfelue vient de faire un pas décisif !


* banlever : verbe que l'on rencontre en patois de basse-Corrèze - je ne sais pas s'il existe en occitan distingué, il faudra interroger Gaucelm. Signifie tout simplement renverser, faire basculer. La langue française devrait l'adopter.