"Quand je vais de Paris en Bretagne, je regarde souvent, de la fenêtre du train, s'approcher la grande modification attendue. Mais toujours elle échappe. Au Mans, nous sommes encore dans la dépendance de Paris et du fameux "bassin", le paysage reste ouvert. Or, à Laval, nous avons définitivement basculé dans un pays étrange, retiré, devenu secret, en dépit de sa platitude. Et pourtant nulle démarcation entre les deux. Est-ce dans le passage, en sous-sol, du calcaire au granit qu'on lit la mutation, ou de la tuile à l'ardoise du toit des maisons, ou dans le vert des prés, ou dans la forme des clochers ou même dans ces cieux, non plus tendrement "voilés de vapeurs roses" (Baudelaire), mais où les nuages sont structurés désormais en formes vertigineuses, si durement ciselées par le couchant ? Quand donc a commencé d'apparaître, dans l'atmosphère ou la vie des gens, l'élément marin ? Une chose est sûre : même si rien ne l'indique dans le relief, tout a changé sous nos yeux, sans qu'on le perçoive, et jusqu'à la façon dont le soleil se couche derrière les nuages. Un grand chavirement s'est produit, au cours du trajet, mais sans fissure qui le trahisse. Comme si rien ne s'était passé. Car cette prégnance, ou cette ambiance, cette "atmosphère", ne sont pas délimitables en termes de propriétés et sont donc réfractaires à notre prise ontologique."
François Jullien, Les transformations silencieuses (Grasset, 2009)
Affichage des articles dont le libellé est Philosophie quotidienne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Philosophie quotidienne. Afficher tous les articles
lundi 4 mai 2009
samedi 13 décembre 2008
C'est si bon !
J'ai déjà parlé du centre commercial qui jouxte la bibliothèque. On y trouve une petite crèperie-pizzeria où je prends parfois mes repas de midi. L'autre jour, il m'est arrivé quelque chose d'horrible. J'étais attablée, seule, et attendais d'être servie tout en regardant le ciel bas et lourd qui surplombait le ballet des voitures et des caddies sur le parking du supermarché. Je flottais agréablement sur une vague mélancolique, lorsque j'ai entendu "Aaahhh... ts'haaaa... ts'hé bbbon ts'haaaa..." Tout près de moi, un petit monsieur mangeait une andouillette-frites tout en se balançant d'avant en arrière, en dodelinant de la tête et en disant toutes les dix secondes : "Aaahhh... ts'haaaa... ts'hé bbbon ts'haaaa..." Là, j'ai senti quelque chose d'irrépressible qui montait de mes entrailles : LE FOU RIRE ! J'ai essayé de reporter mon attention sur le ciel gris sale et le parking du supermarché, de penser à des choses sérieuses, comment organiser ma veille, il va falloir que je fasse le planning des vacances de Noël, nous ne sommes pas assez nombreux il nous faudrait du renfort, rien à faire, le rire est monté, monté... et a explosé. Et ça a duré tout le temps de l'andouillette, à laquelle a succédé un tiramisu - redoublement des "Aaahhh... ts'haaaa... ts'hé bbbon ts'haaaa..." Et moi de rire, et mon mascara de couler à cause des larmes ! L'horreur totale !
Avoir un fou rire quand on est seul à une table de restaurant, que tout le monde vous connaît au moins de vue, que l'hiver est tout triste, c'est une sacrée expérience.
Avoir un fou rire quand on est seul à une table de restaurant, que tout le monde vous connaît au moins de vue, que l'hiver est tout triste, c'est une sacrée expérience.
Libellés :
La vie comme elle va,
Philosophie quotidienne
dimanche 11 mai 2008
Ne pas se perdre
Même en faisant de gros efforts, je n'ai pas le sens de l'orientation. Où que j'aille, je perds mon chemin, je m'égare, je crée des rallongis pas possibles : trop distraite, sans doute trop peu désireuse d'aller droit au but.
Que perd-on quand on s'égare ? Qu'égare-t-on quand on se perd ? Ce père... ses gares... Là, je fais un peu ma Jacqueline Lacan !
Quoi qu'il en soit, voici un itinéraire parisien erratique trouvé dans le roman de Grégoire Polet, Leurs vies éclatantes (Gallimard, 2007) :
Sacrée ballade, mais je me demande s'il ne s'est pas un peu égaré, d'autant qu'à ce moment-là de l'histoire Joseph ne sait pas trop où il va !
Que perd-on quand on s'égare ? Qu'égare-t-on quand on se perd ? Ce père... ses gares... Là, je fais un peu ma Jacqueline Lacan !
Quoi qu'il en soit, voici un itinéraire parisien erratique trouvé dans le roman de Grégoire Polet, Leurs vies éclatantes (Gallimard, 2007) :
"La rue de Valois donne dans la rue des Petits-Champs. La rue des Petits-Champs croise la rue Sainte-Anne, qui devient rue de Gramont puis rue Laffitte. La rue Laffitte donne devant l'église Notre-Dame-de-Lorette dans la rue de Châteaudun, qui donne dans la rue Lafayette, qui croire la rue du Faubourg-Poissonnière. La rue du Faubourg-Poissonnière aboutit au carrefour de Barbès-Rochechouart, où le boulevard de Rochechouart reprend le boulevard de la Chapelle, devient boulevard de Clichy, où est la place Pigalle. De la place Pigalle part la rue Jean-Baptiste-Pigalle, où donne la rue Notre-Dame-de-Lorette, qui traverse la place Saint-Georges, d'où part la rue Saint-Georges, qui donne dans la rue de Châteaudun, et Joseph se retrouve devant l'église Notre-Dame-de-Lorette, plus fatigué. D'où part la rue Laffitte, qui croise la rue de la Victoire, qui donne dans la rue Joubert, qui croise la rue de Caumartin, qui croise la rue de Provence, qui finit où finit la rue de Rome, dans le boulevard Haussmann. Sur le boulevard Haussmann est la place Saint-Augustin, d'où part la rue La Boétie, longue, qui croise les Champs-Elysées et devient la rue Pierre-Charron, qui devient l'avenue Pierre-1er-de-Serbie, qui se termine dans la place d'Iéna. De la place d'Iéna part l'avenue du Président-Wilson, d'où descendent les escaliers de la rue de la Manutention, qui croise l'avenue de New-York, où la passerelle Debilly enjambe la Seine jusqu'au quai Branly. Le quai Branly aboutit dans la place de la Résistance, d'où part l'avenue Bosquet, qui croise la rue Saint-Dominique, qui traverse l'esplanade des Invalides et croise la rue de Bourgogne, qui croise la rue de Grenelle, qui croise la rue du Bac, qui devient la rue Saint-Placide, qui devient la rue Notre-Dame-des-Champs. La rue Notre-Dame-des-Champs finit place Camille-Jullian, d'où part le boulevard de Port-Royal, qui finit dans l'avenue des Gobelins, qui finit place d'Italie, d'où part l'avenue d'Alésia. La rue d'Alésia croise la rue de Bigorre, qui donne dans la rue du Commandeur, qui donne dans la rue Bezout, qui croise la rue d'Alembert, qui croise la rue du Couédic, qui croise la rue Hallé, qui croise la rue Rémy-Dumoncel, où donne la rue Montbrun, qui croise la rue Bezout, qui croise la rue Hallé, où donne la rue d'Alembert, qui croise la rue Rémy-Dumoncel, qui croise la rue Hallé, qui croise la rue Bezout, qui croise la rue Montbrun, qui donne dans la rue Rémy-Dumoncel, qui croise la rue d'Alembert, qui donne dans la rue Hallé, qui finit dans la rue du Commandeur (...)"
Sacrée ballade, mais je me demande s'il ne s'est pas un peu égaré, d'autant qu'à ce moment-là de l'histoire Joseph ne sait pas trop où il va !
Libellés :
Les coups de coeur de Nannybib,
Livres,
Philosophie quotidienne
Inscription à :
Articles (Atom)