dimanche 17 mai 2009

Des livres comme virus éditoriaux

"Lettre à l'éditeur


Paris, le 24 XI 1999,

Cher Eric,


Tu trouveras ci-joint la nouvelle version, largement augmentée et tirée à part, d'Hommes-machines, mode d'emploi. Contre toute apparence, il ne s'agit pas d'un livre, mais d'un virus éditorial.
Le Livre, en tant qu'il se tenait face à son lecteur dans la même feinte complétude, dans la même suffisance close que le Sujet classique devant ses semblables, est, non moins que la figure classique de l'"Homme", une forme morte.
La fin d'une institution s'éprouve toujours comme la fin d'une illusion. Et c'est aussi bien le contenu de vérité en vertu duquel cette chose passée est déterminée comme mensonge qui apparaît alors. Que, par-delà leur caractère de clôture, les grands livres n'aient jamais cessé d'être ceux qui parvenaient à créer une communauté ; qu'en d'autres termes, le Livre ait toujours eu son existence hors de soi, voilà qui ne fut admis qu'à une date somme toute assez récente. Il paraît même que camperait encore quelque part sur la rive gauche de la Seine une certaine tribu, une communauté du Livre, qui trouverait dans cette doctrine tous les éléments d'une hérésie.
Tu es bien placé pour constater que la fin du Livre ne signifie pas sa brutale disparition de la circulation sociale, mais au contraire son absolue prolifération. Le foisonnement quantitatif du Livre n'est qu'un aspect de sa présente vocation au néant, tout comme sa consommation balnéaire et le pilon, qui en sont deux autres.
Dans cette phase, il y a donc certes encore des livres, mais ils ne sont plus là que pour abriter l'action corrosive de VIRUS EDITORIAUX. Le virus éditorial expose le principe d'incomplétude, l'insuffisance fondamentale qui est à la base de l'objet publié. Il se cale par les mentions les plus explicites, par les indications les plus grossièrement pratiques - adresse, contact, etc. - dans la perspective de réaliser la communauté qui lui manque, la communauté encore virtuelle de ses lecteurs véritables. Il place en un coup le lecteur dans une position telle que son retrait ne soit plus tenable, telle du moins que ce retrait ne peut plus être neutre. C'est dans ce sens-là que nous efflanquerons, aiguiserons, préciserons la Théorie du Bloom.

[...]

Amicalement,

Junius Frey"

Tiqqun, Théorie du Bloom (La Fabrique éditions, 2000)

dimanche 10 mai 2009

Des illisibles

"Ces fameux livres qu'on dit souvent "illisibles" ne le sont bien souvent que parce qu'ils exigent un temps d'absorption que notre emploi du temps nous refuse. En cela, le livre se pose, et se trouvera toujours, comme ennemi, rival du temps de travail ; il est de l'ordre de la perte, au sens ontologique et économique, car le gain qu'il propose ne saurait être ni quantifié ni assuré, même en négatif. La lecture n'est pas l'apanage des oisifs ou des bourgeois, comme on l'a dit à l'époque d'une certaine idéologie ; c'est avant tout une utopie, celle d'un état où l'apparente passivité dissimule une activité non-productive. Voilà pourquoi, à sa façon naïve et velléitaire, le livre-monstre se pose en contempteur de l'ordre établi : il contraint le lecteur à prendre conscience de son impuissance. Partant, il l'agace, le tente, le frustre, le supplie, le fascine, l'obsède, le rejette aussi. L'illisible n'est plus alors synonyme d'échec (de la part du livre ou du lecteur) mais nouvelle dimension du livre, c'est la somme des "plis" que nous n'aurons jamais le temps ni le droit de déplier, comme si le livre possédait en lui une faille, et que ça ne cessait de fuir par cette faille, nous comme lui. Mais cette éventuelle "illisibilité" née du gigantisme, qui n'est pas comme on l'a souligné constat d'un échec ou simple trace d'une négativité, se veut en réalité porteuse d'un projet autrement plus ambitieux : remettre en cause la notion de lecture telle que nous la concevons ordinairement, c'est-à-dire en terme de linéarité. Car dès lors qu'une oeuvre s'est affranchie du malsain diktat de la linéarité, pourquoi son appréhension, sa préhension, sa dimension obéiraient-elles, contre toute logique, à ladite linéarité ? Au lecteur de devenir à son tour un monstre, un avatar de l'excès, et d'inventer une lecture qui défasse cette soi-disant illisibilité qui n'est finalement qu'une erreur de parallaxe engendrée par notre conditionnement social. Lire - et l'excès est justement là pour le révéler - n'est pas lire du début à la fin, lire in extenso. Il n'y a pas d'in extenso de la lecture. Pour la bonne raison qu'il n'y a pas de territoire défini du lire : la page est nomade, et son voyageur doit apprendre à l'être aussi. Mieux encore : la lecture peut se faire guérilla, plutôt que campagne napoléonienne. Origami, et non coloriage."

Claro, Le clavier cannibale (Inculte, 2009)

Le blog de Claro, c'est ici

lundi 4 mai 2009

Les transformations silencieuses

"Quand je vais de Paris en Bretagne, je regarde souvent, de la fenêtre du train, s'approcher la grande modification attendue. Mais toujours elle échappe. Au Mans, nous sommes encore dans la dépendance de Paris et du fameux "bassin", le paysage reste ouvert. Or, à Laval, nous avons définitivement basculé dans un pays étrange, retiré, devenu secret, en dépit de sa platitude. Et pourtant nulle démarcation entre les deux. Est-ce dans le passage, en sous-sol, du calcaire au granit qu'on lit la mutation, ou de la tuile à l'ardoise du toit des maisons, ou dans le vert des prés, ou dans la forme des clochers ou même dans ces cieux, non plus tendrement "voilés de vapeurs roses" (Baudelaire), mais où les nuages sont structurés désormais en formes vertigineuses, si durement ciselées par le couchant ? Quand donc a commencé d'apparaître, dans l'atmosphère ou la vie des gens, l'élément marin ? Une chose est sûre : même si rien ne l'indique dans le relief, tout a changé sous nos yeux, sans qu'on le perçoive, et jusqu'à la façon dont le soleil se couche derrière les nuages. Un grand chavirement s'est produit, au cours du trajet, mais sans fissure qui le trahisse. Comme si rien ne s'était passé. Car cette prégnance, ou cette ambiance, cette "atmosphère", ne sont pas délimitables en termes de propriétés et sont donc réfractaires à notre prise ontologique."

François Jullien, Les transformations silencieuses (Grasset, 2009)

jeudi 30 avril 2009

La lecture, ce vice à punir

Avez-vous des livres subversifs dans votre bibliothèque ? Moi, oui. Philosophie subversive, poésie subversive, art subversif, romans subversifs, essais subversifs. Sans oublier les textes de base des grandes religions, ceux qui touchent aux politiques linguistiques. Et tous les Grands de la littérature. Et les expérimentaux. En réfléchissant bien, il est fort probable qu'il n'y ait dans ma bibliothèque aucun livre non subversif. Quel serait, d'ailleurs, l'intérêt de s'entourer d'écrits insipides, consensuels, lisses, qui n'apportent rien à la réflexion ?

Il y a quelques mois, ptilonorhynque disait se sentir "quelque peu perturbée" en déballant le contenu de sa bibliothèque sur Babelio : impression de se livrer, de se dévoiler un peu trop, de se mettre en danger. Eh bien, il faut le savoir, les livres que nous possédons dans nos bibliothèques peuvent retenus contre nous. Par la justice de notre pays. C'est ce qui vient de se produire à la bibliothèque collaborative de Tarnac, petite bourgade du Plateau de Millevaches (Corrèze) : les policiers y ont saisi vingt-sept livres (sur 5000) qu'ils ont estimés subversifs, pour les porter au dossier d'instruction dans le cadre de "l'affaire Coupat". J'aimerais beaucoup connaître la liste complète des titres saisis. Je sais seulement, grâce à un article de Libératon, que parmi eux figurent L'insurrection qui vient (gros succès de librairie depuis quelques semaines...), un livre de Toni Negri, une enquête du journaliste David Dufresne publiée chez Hachette-Livres, Maintien de l'ordre.

Lorsque j'ai eu connaissance de cette descente de police dans une bibliothèque, j'avoue que mon sang de bibliothécaire s'est mis à bouillonner. Je me suis interrogée sur le pouvoir du livre, aujourd'hui où tout circule si facilement sur internet. Les livres sont encore perçus comme un danger par les pouvoirs en place ! Ils peuvent être pris en considération par la justice comme élément à charge ! Aujourd'hui ! En France ! J'en suis abasourdie, partagée entre le rire et l'indignation. D'autant plus que ces ouvrages, il suffit d'aller dans une librairie ou une bibliothèque publique pour les trouver - on déniche aussi facilement, sur internet, de larges extraits de la prose fort intéressante du Comité invisible...

La petite bibliothèque de Tarnac n'est (n'était ?) certes pas une bibliothèque "publique" au sens où nous, professionnels, l'entendons habituellement. Le bibliobus de la bibliothèque départementale de prêt de la Corrèze n'y faisait peut-être pas de dépôt. Il s'agit d'une bibliothèque privée, mais gérée collectivement et largement ouverte aux amis, ainsi qu'à la population du village et du Plateau. Je n'ai jamais mis les pieds à Tarnac, mais j'imagine cette bibliothèque comme un lieu de vie, un espace mis en commun, propice à l'étude, à la réflexion et aux échanges, en lien étroit avec un autre lieu si important dans la vie d'un village : l'épicerie.

Les bibliothécaires apprécieront. Les autres aussi.

Pour prolonger : le blog de Benjamin, "épicier-terroriste" amateur de livres

vendredi 24 avril 2009

Mineur du livre à la British Library

"J'aurais dû deviner que je finirais par m'embarquer dans une histoire avec les livres. Je trouvai un boulot monotone mais pas compliqué à la British Library, où je me transformais en ver de terre muni de bras afin de remonter à la surface des livres qui s'entassaient sur des kilomètres de tunnels sous Bloomsbury. Je passais mes journées dans les entrailles de ce sinistre bâtiment, cerné par des monceaux de papier imprimé qui tombait en poussière, émergeant de temps à autre dans la lumière et l'espace de la magnifique salle de lecture. Tout en travaillant, je chantais, ou je fredonnais : "Je suis un ver et je vis sous la terre."

Mes yeux, comme ceux de mes compagnons de travail, s'étaient adaptés à cette seule lumière tamisée et artificielle. Nous, les mineurs de livres, nous méprisions les lecteurs, leur arrogance, leur oisiveté, les jeux de séduction auxquels ils s'adonnaient entre eux. Ne se rendaient-ils pas compte qu'ils étaient dans une bibliothèque ? Même si nous étions un peu bizarres, un peu monstrueux même - véritables notes de bas de page du corps de leur texte -, ne pensaient-ils jamais à ce que nous faisions pour les approvisionner ? J'aimais pousser mon chariot, le dos courbé, dans les profondeurs de la terre, dans ce que Keats appelait les "passages sombres". Certains de ceux avec qui je travaillais peinaient dans cette vallée de livres depuis trente ans. Ils étouffaient mais se sentaient en sécurité, au milieu de cette forêt de papier où ils avaient fait leur trou. Il n'y avait pas de meilleur endroit où s'enterrer vivant."

Hanif Kureishi, Quelque chose à te dire (Christian Bourgois, 2008). Traduit de l'anglais par Florence Cabaret

mardi 14 avril 2009

Comptes lecteurs : qu'est-ce qu'on attend ?

Franchement, mon compte lecteur de la bibliothèque est pauvre, il me désole :
- je dois tout d'abord comprendre, ou savoir, que je peux y accéder en cliquant sur "accès catalogue" ;
- j'y trouve mes nom, prénom et adresse (informations qui m'intéressent très modérément), ainsi que mon numéro de carte (alors que j'en ai eu besoin pour accéder à mon compte...)
- les informations que j'y trouve concernent l'état de mes prêts et réservations en cours.
Voilà, c'est tout.

Alors que moi, je l'aimerais mieux s'il était riche - cette première personne du singulier déborde, cela va de soi, ma petite personne. Etant abonnée depuis quelques mois à Mediapart, j'y ai découvert, outre le plaisir de lire des articles d'excellente qualité, sérieusement documentés et bien écrits, un volet "Club" qui pourrait servir de modèle pour proposer des comptes lecteurs plus élaborés à nos usagers. Puisque c'est bien, on pourrait copier, non ?

Mon compte lecteur sur Mediapart est riche, c'est un vrai lieu de vie :
- j'y ai accès dès la page d'accueil, dès la une du journal ;
- j'y existe : j'ai pu renseigner mon profil en choisissant les informations qui y figurent (photo, véritable identité ou pseudonyme,...) ;
- il me permet de développer mes réseaux sociaux : je peux avoir des contacts directs avec les journalistes et rédacteurs de mon choix (il suffit d'envoyer une demande contact, généralement acceptée) ;
- j'y ai une messagerie pour communiquer en privé avec mes correspondants du journal, qu'ils soient journalistes ou blogueurs ;
- j'y ai ouvert un blog (Marginales) et si je prends la peine d'écrire des billets pertinents ils peuvent se retrouver à la une (bonjour le quart d'heure de gloire...) ;
- grâce à un fil d'actualités, je suis informée en temps réel de l'activité de mes contacts (nouveaux articles ou billets, commentaires) ;
- je peux y entreposer mes articles favoris ;
- je peux retrouver les articles que j'ai recommandés ;
- je peux retrouver mes activités passées (ça, c'est bien pour les étourdies comme moi...)
- je peux participer à des "éditions" thématiques ;
- je peux en un seul clic passer de la partie "journal" à la partie "club" et réciproquement.

Alors, qu'est-ce qu'on attend pour les enrichir, nos comptes lecteurs, et pour en faire de véritables espaces personnels sur lesquels nous pourrions même proposer des services personnalisés ? Que l'on ne me dise pas que cela pose des problèmes techniques insurmontables, cet argument est de même nature que "moi, j'ai pas le temps" !

lundi 6 avril 2009

OPACs* de nouvelle génération

A l'occasion de l'assemblée générale du groupe Limousin-Poitou-Charentes de l'ABF, lundi 30 mars à la Bfm, Marc Maisonneuve (Tosca Consultants) a donné une conférence sur "le catalogue de la bibliothèque à l'heure du web 2.0 : présentation de l'offre d'OPACs de nouvelle génération" (voir sa présentation en pdf à la rubrique "Séminaires 2009").

Voici quelques notes sur ce qui m'a semblé important. Demain, je proposerai quelques réflexions sur ce qui m'apparaît comme un impensé des SIGB, OPACs et sites de bibliothèques : le compte-lecteur.


CONSTAT :

Le web, les relations interactives, ont contribué à la disqualification des pratiques traditionnelles de lecture de livres : le livre suppose un temps long, alors que le web offre l'immédiateté. L'exigence du "tout, tout de suite" l'emporte (faire vite et bien). Le livre est désormais "disqualifié" (déjà annoncé par François de Singly en 1993). Les bibliothèques ont actuellement un mauvais positionnement : problème des horaires d'ouverture (alors que le web est disponible 24 h / 24). Elles n'ont pas su suivre l'évolution des pratiques d'information ni des pratiques culturelles. A titre d'exemple, seuls 14 % des Français ont le réflexe d'aller en bibliothèque pour y trouver un nouveau roman... Elles ont toutefois une bonne image en ce qui concerne la qualité de leurs fonds. Côté acquisitions, nous sommes bons ! Diverses études montrent l'intérêt que présenteraient des services personnalisés, "profilés" : faut-il faire du sur-mesure pour chaque usager ?


UNE DOUBLE EVOLUTION A PREVOIR

Le positionnement de la bibliothèque comme lieu de loisir et de convivialité doit s'accompagner d'une offre d'outils conformes aux standards de la culture numérique (immédiateté, personnalisation, contenus en ligne).


Débat avec la salle

Le "tout, tout de suite" est influencé par la culture d'entreprise. Quid du temps long ? La demande des usagers sur les fonds loisirs et vie pratique reste très forte. Les bibliothèques sont perçues comme des lieux d'étude plutôt que de loisir. Plusieurs études montrent que les pratiques culturelles augmentent en France. Les bibliothèques ont évolué et continuent à évoluer ; on peut se demander pourquoi leur image évolue aussi peu. Les tendances changent : effet positif de la crise ? Il convient de relativiser la "rupture générationnelle" pointée par les études de sociologues, tout en restant à l'écoute des tendances. Erreur à éviter : la crispation. La fonction de prêt étant en érosion, il faut inventer d'autres propositions. Virgin et la FNAC sont devenus des lieux de séjour : incarnent-ils aujourd'hui la bibliothèque idéale ? L'offre numérique est quasiment inexistante aujourd'hui, il y a là une opportunité à saisir. La trop grande promiscuité avec le système scolaire a un effet contre-productif (cf. étude Tosca à paraître en juin)



LES OPACS DE NOUVELLE GENERATION

Les OPACs classiques présentent de gros défauts : ils ont un taux de silence redoutable, ne donnent rien à voir, n'incitent pas à la découverte, ne sont pas sexy, offrent peu d'aide au choix, ne sont pas encourageants pour l'usager qui doit se débattre avec un jargon inconnu. Les premiers OPACs ont vu le jour il y a 25 ans, ils ont peu évolué et les usagers ne se les sont pas appropriés. Nombre d'entre eux ne savent pas ce qu'ils cherchent, et il serait bon qu'ils trouvent quelque chose... D'autre part, avec le développement du numérique il est possible que nous voyions de moins en moins l'usager "irl" (in real life) ; comment rester en contact avec lui ?

Les OPACs de nouvelle génération présentent des caractéristiques communes :

  • recherche " à la google "

  • écran dépouillé
  • beaucoup de "bruit" dans les réponses, mais c'est moins déstabilisant que le silence (pas de situation d'échec)

  • réponse aux demandes précises ET aux demandes imprécises
  • navigation à facettes offrant différents angles de vision (cf. sites de commerce en ligne)

  • stratégies de rebond (nuages de mots)

  • tri des résultats par niveau de pertinence (algorithmes)

  • différentes manières de poursuivre la recherche : restreindre, rebondir, recommencer
  • pas plus d'un clic ou deux pour accéder à l'information
  • contenus enrichis grâce à diverses sources (y compris commerciales). Problème : les contenus disponibles restent pauvres en France.

  • l'usager a droit à la parole. Problème : les contenus produits par les usagers ne sont pas toujours intéressants

  • l'OPAC doit être indépendant du SIGB : deux systèmes indépendants à synchroniser
  • contenu enrichi, mais problème des bases de données fermées, inaccessibles (notices d'éditeurs par exemple)
  • zazieweb : contenus produits par des libraires
  • Babelio propose aussi une offre aux bibliothèques
  • rôle possible de l'ABF pour la production et la mutualisation de contenus ?

Le compte usager relève actuellement d'un bricolage peu satisfaisant et fait l'objet de peu d'études. J'aborderai cette question, qui a été à peine effleurée lors de cette conférence, dans un prochain billet.

* OPAC : "open public access catalog", à savoir le catalogue que peut consulter le public en bibliothèque - est-ce clair pour les non-bibliothécaires ? ;-)

mercredi 1 avril 2009

Ma bibliothèque change

L'équipe de la bibliothèque de Beaubreuil se penche depuis plusieurs mois ( ah ! les brainstormings !) sur des améliorations substantielles à apporter au fonctionnement de cet équipement de quartier. Plusieurs modifications entrent donc en vigueur aujourd'hui :

- Les ateliers "découverte de l'ordinateur" destinés aux séniors seront dorénavant animés par des adolescents, de façon à valoriser leurs compétences et à favoriser le lien intergénérationnel ;

- Les opérations de prêt et de retour de documents seront faites par des enfants les mercredis et samedis après-midis : ils adorent manipuler la douchette, pourquoi les en priver ?

- Il est désormais possible d'enregistrer ses documents soi-même avec son téléphone.

- La bibliothèque a acquis un millier d'i-phones empruntables gratuitement.

- Il est désormais possible d'emprunter les livres page par page.

- Un service "Empruntez un bibliothécaire" fonctionne de façon satisfaisante depuis déjà plusieurs semaines. Nous lançons aujourd'hui, en complément, une grande opération "Empruntez un lecteur" ; chacun pourra ainsi alternativement emprunter et être emprunté, au gré de ses humeurs.

- Les quotas de prêt sont totalement supprimés, chaque usager ayant le droit de décider pour lui-même.

- Enfin, les bibliothécaires disposent désormais tous d'un compte Facebook et d'un compte Twitter : il est donc possible de les suivre, de les poker, de tchater avec eux.

Bonne journée, chers lecteurs !

mardi 31 mars 2009

Cléo radar

Je viens de découvrir Cléo radar grâce à un lien en commentaire du premier "billet des hybrides" rédigé par Cécile Arènes pour le blog de l'ABF (bientôt accessible en ligne). Il s'agit du carnet de veille professionnelle collaborative du CLEO, le Centre pour l'édition électronique ouverte. Une belle idée, deux outils (Delicious et Wordpress), quatre veilleurs (Bruno Cenou, Marin Dacos, Nicolas Barts, Pierre Mounier).

Présentation :
"Le Centre pour l'édition électronique ouverte publie Revues.org, Hypothèses, Calenda et L'édition électronique ouverte. Depuis plusieurs années, chaque membre de l’équipe dispose d’un compte Delicious dans lequel il entrepose les références indispensables à la réalisation de ses tâches quotidiennes. Il réalise ainsi, pour lui et pour sa communauté professionnelle, un travail de veille, de repérage et de partage d’un savoir qui correspond à la démarche générale du Centre pour l’édition électronique ouverte. Cette mutualisation est tout d’abord utile aux autres membres de l’équipe, qui suivent la veille de leurs collègues. Elle est, ensuite, utile à la profession en général, qui utilise ce vivier librement. L’ensemble constitue plus de 10 000 références. Cléoradar a pour objectif de rendre cette veille accessible au public."

Je dis juste BRAVO !

samedi 28 mars 2009

Toi, tu as le temps

"Oui, mais toi, tu as le temps !" Un peu marre d'entendre ça. Sous-entendu : "on n'a pas le temps parce qu'on travaille, nous". Message subliminal : "si tu bossais un peu plus, tu n'aurais pas le temps, toi non plus". Pas le temps de veiller, de bloguer, de faire la geek, de regarder ce qui se passe ailleurs, d'avoir des échanges avec des collègues d'autres bibliothèques. Comme si ces activités-là ne faisaient pas partie intégrante de mon métier, aujourd'hui.

Ce qui m'a pris du temps, sur plusieurs mois, c'est de découvrir et faire miens les principaux outils du web 2.0. Oui, et j'ai ramé, cela m'a demandé un fort investissement personnel, des efforts pour comprendre comment ça marche et à quoi cela peut servir et ce que, très concrètement, je peux en faire. Ce que, par conséquent, d'autres bibliothécaires peuvent en faire. Il m'est arrivé d'avoir l'impression de défricher une dense forêt épineuse, même si le terrain était déjà partiellement déblayé par d'autres "hybrides" et par quelques collègues plus dégourdis que moi - Adrien, Niels, Michel et les autres ;-). L'auto-apprentissage, ça a du bon, mais qu'est-ce que c'est difficile ! Ceci dit, à ma grande satisfaction, je me sens de plus en plus autonome et désormais apte à transmettre.

Je reviens sur la question de l'organisation d'une veille pas trop chronophage. Comme j'avais du mal à évaluer le temps que j'y consacrais au quotidien, j'ai fait ça chez moi au calme durant quelques jours. Je suis en mesure d'affirmer que j'y consacre en moyenne un peu moins d'une heure, tous les jours de la semaine, soit un total de sept heures hebdomadaires. Je n'inclus pas le temps que je passe à revenir sur les posts, billets et articles les plus intéressants, en une lecture-plaisir lente. Voici comment je procède au quotidien :

L'outil de veille que j'utilise le plus est Google Reader. J'y ai cent cinquante abonnements, ce qui représente une moyenne de deux cent cinquante nouveaux flux par jour. Il est bien évident que je ne lis pas tout de la première à la dernière ligne - tout comme pour l'épreuve de note de synthèse du concours, c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire... J'ai tout classé (plus ou moins bien) dans des rubriques : biblioblogs, littérature, art, presse, société, etc. plus une rubrique "en observation" où les nouveaux séjournent quelque temps avant que je décide de les garder ou de les supprimer. Je consulte en priorité les biblioblogs. Je regarde ensuite ce qui a été mis en partage par Silvère, Lionel, Risu, Daniel, Rincevent et Tex, qui ont aussi accès à ce que je mets en partage. Cet échange de bon procédé permet de gagner du temps et amplifie l'efficacité de la veille. Je regarde ensuite ce qui a été mis en partage par les veilleurs de aaaliens : autre source très appréciable. Je ne lis pas tout, ce sont le plus souvent les titres qui suscitent, ou non, mon intérêt. Pour mettre en partage, il me suffit d'un clic sur "partager" ou "partager avec une note" si je veux ajouter un commentaire. Avec ce simple clic, le lien sélectionné apparaît aussitôt sur mes blogs et sur Friendfeed (il suffit d'un paramétrage) et partiellement sur Facebook (pour une raison que j'ignore, tout ne bascule pas). Facebook me sert aussi d'outil de veille partagée : j'y trouve des infos intéressantes et j'y mets des liens. Je mets les posts qui me semblent présenter un intérêt général durable sur Delicious (un copier-coller de l'adresse url plus quelques tags), qui me sert un peu de panier où je vais ensuite piocher pour "ma bonne e-toile". Enfin, il me reste à regarder les nouveaux flux sur les autres blogs.

Le repérage des sources les plus pertinentes demande, au départ, un travail et un temps de réflexion. Toutefois, la veille partagée évite de refaire chacun dans son coin le travail qui a déjà été réalisé par d'autres.

Bon, je pensais faire un billet d'humeur assassin pour HURLER que je ne veux plus entendre "oui, mais toi, t'as le temps". Finalement je n'ai pas été méchante et il me semble avoir donné quelques pistes pour que les "j'ai pas le temps, moi" se mettent eux aussi au web 2.0.