vendredi 2 juillet 2010

Un enfant bien élevé

(Clin d'oeil aux bibliothécaires chargé(e)s d'accueillir le très jeune public)

"Gargantua depuis les troys jusques à cinq ans feut nourry et institué en toute discipline convenente par le commandement de son pere, et celluy temps passa comme les petitz enfans du pays, c'est assavoir à boyre, manger, et dormir : à manger, dormir, et boyre : à dormir, boyre, et manger.
Toujours se vaultroit par les fanges, se mascaroyt le nez, se chauffouroit le visaige. Aculoyt ses souliers, baisloit souvent aux mousches, et couroit voulentiers aprés les parpaillons, desquelz son pere tenoit l'empire. Il pissoit sus ses souliers, il chyoit en sa chemise, il se mouschoyt à ses manches, il mourvoit dedans sa soupe. Et patroilloit par tout lieux, et beuvoit en sa pantoufle, et se frottoit ordinairement le ventre d'un panier. Ses dens aguysoit d'un sabot, ses mains lavoit de potaige, se peignoit d'un goubelet. Se asseoyt entre deux selles le cul à terre. Se couvroyt d'un sac mouillé. Beuvoyt en mangeant sa souppe. Mangeoyt sa fouace sans pain. Mordoyt en riant. Rioyt en mordent. Souvent crachoyt en bassin, pettoyt de gresse, pissoyt contre le soleil. Se cachoyt en l'eau pour la pluye. Battoyt à froid. Songeoyt creux. Faisoyt le succré. Escorchoyt le renard. Disoit la patenostre du cinge. Retournoit à ses moutons. Tournoyt les truies au foin. Battoyt le chien devant le lion. Mettoyt la charrette devant les beufz. Se grattoyt où ne luy demangeoyt poinct. Tiroit les vers du nez. Trop embrassoyt, et peu estraignoyt. Mangeoyt son pain blanc le premier. Ferroyt les cigalles. Se chatouilloyt pour se faire rire. (...) Ratissoyt le papier. Chaffouroyt le parchemin. Guaignoyt au pied. Tiroyt au chevrotin. Comptoyt sans son houste. Battoyt les buissons, sans prandre les ozillons. Croioyt que nues feussent pailles d'arain, et que vessies feussent lanternes. (...) Tous les matins escorchoyt le renard. Les petitz chiens de son pere mangeoient en son escuelle. Luy de mesme mangeoit avecques eux : il leurs mordoit les aureilles. Ilz luy graphinoient le nez. Il leurs souffloit au cul. Ilz luy leschoient les badigoinces."

La vie treshorrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence in Rabelais, Oeuvres complètes (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1994)

jeudi 17 juin 2010

Pas un jour sans veiller au bouillon

(billet mitonné par Silvère, à déguster aujourd'hui sur les blogs de veilleurs)


Une question se pose très souvent aujourd'hui : comment veiller à plusieurs au sein d'une communauté d'intérêt ? La réponse que nous proposons dans le domaine de l'information documentation s'appelle le Bouillon, elle est déclinée en Nectar (version allégée), elle est gratuite, associe 25 veilleurs qui propulseront tous les jours leurs trouvailles auprès de vous autour de ces 9 enjeux pour l'info-doc.

Au lieu de développer de nouvelles pratiques de veilles autour d'un outil ou d'une plateforme, nous avons choisi de nous appuyer sur de bonnes habitudes, c'est pourquoi les veilleurs du bouillon ont des fils rss de veille de provenance diverses (google reader, delicious, diigo, etc.) dont l'agrégation constitue le Bouillon. Nous avons le plaisir d'accueillir à partir aujourd'hui trois nouveaux veilleurs repérés et sélectionnés pour la qualité de leur veille et leur proximité avec les centres d'intérêts de la communauté de l'information documentation. Il s'agit de :
Les fils rss de ces veilleurs, aux côtés des autres veilleurs du Bouillon sont dès aujourd'hui intégrés au Bouillon. Chaque veilleur qui partage une information via le bouillon est identifié pour chaque chaque item partagé et ceux qui le sont plus de 2 fois sont automatiquement sélectionnés pour le Nectar. Tous les items sont dédoublonnés. L'ensemble ne constitue pas un site, mais un service, un flux qualifié accessible via fils rss, email, twitter ou facebook, le tout propulsé par le YahooPipes crée par Lully.




Nous faisons notre la devise inscrite sur le compte twitter de Christophe Deschamps : Un jour sans veille est un jour sans lendemain ! :-D Actuellement, plus de 1 300 personnes s'informent grâce au Bouillon, et vous ?
Au fait, vous avez identifié une communauté d'intérêt ? Vous êtes intéressés pour mettre en œuvre une démarche de veille collaborative similaire, tout comme les archiveilleurs l'ont fait ? Toutes les infos ici !

lundi 19 avril 2010

Un manuscrit


"Et puis il a eu cette soirée, cette horrible soirée où Madame Krühl a découvert le manuscrit de son mari et s'est rendu compte que l'oeuvre géniale ne comportait que trois pages. Le reste était entièrement constitué par une copie servile de l'annuaire du téléphone. (...)
Il avait dû cacher le vrai manuscrit dans un endroit inaccessible. Dans un arbre, peut-être. Dans son cèdre préféré, pourquoi pas ? Ou alors sous la terre, très profond. Un bon endroit pour cacher un livre, non ? Là il peut germer en silence, à l'abri des regards indiscrets, il peut grandir avec la sève dans les fleurs et dans les arbres, et même dans le ventre chaud et tendre des femmes. Il peut s'en aller avec le vent et faire gonfler les épis de blé. Il peut rejoindre les cascades, et remonter vers les sources, là-bas, très haut, près des glaciers, près du ciel gelé."

Jean-Pierre Martinet, La somnolence (Finitude, 2010)


Pour faire connaissance avec Jean-Pierre Martinet (décédé prématurément il y a quelques années et dont les éditions Finitude rééditent trois titres), une visite au site de l'éditeur est vivement conseillée. En ce qui me concerne, j'ai croisé ce livre par hasard sur une table de libraire, je découvre cet auteur et n'en reviens pas !

lundi 12 avril 2010

Entre ici et là-haut

Elles empruntent leurs noms à Edouard Glissant, Boris Vian, Guy de Maupassant ou Louis Aragon, Pierre Mendès-France, François Mitterrand ou Jacques Duclos. Elles, ce sont vingt-trois bibliothèques et médiathèques de Seine Saint-Denis.

Il s'appelle Michel Denancé, est photographe spécialisé en architecture ; on peut découvrir son travail sur son site.

Elle s'appelle Vesna Vulovic, est hôtesse de l'air, yougoslave, et chute de dix mille mètres d'altitude après l'explosion de son avion - du moins, on peut croire cela.

On l'appelle Claro, il est le traducteur de quelques-uns des auteurs anglo-saxons contemporains les plus audacieux (parmi lesquels Thomas Pynchon, William T. Vollmann, tout récemment Paul Verhaegen), il a publié une dizaine de fictions (Chair Electrique, Madman Bovary,...), il co-dirige la collection Lot 49 aux éditions du Cherche-Midi. On peut suivre ce surdoué de l'écriture sur son blog Le clavier cannibale - c'est aussi le titre de son recueil d'essais sur la littérature et la traduction publié l'année dernière aux éditions Inculte.

A l'occasion de l'édition 2010 de Hors limites, une manifestation organisée par l'Association des bibliothèques de Seine Saint-Denis, Claro et Michel Denancé ont croisé écritures et regards pour Mille milliards de milieux, publié par les éditions Le bec en l'air dans la collection "Collatéral".

Le photographe a centré son travail non pas sur les bibliothèques-médiathèques elles-mêmes, mais sur leur environnement immédiat, à moins de dix mètres des bâtiments. Ses images horizontales, à hauteur d'homme, frontales, neutres - on pourrait presque dire objectives, sans figures rhétoriques ni lyrisme - alternent au fil des pages avec le style foisonnant, ample, inventif de Claro en un texte qui dit la chute. "Nous n'avons pas résisté à la tentation de les assembler en une forme éditoriale décalée, qui aboutit par exemple à un sens de lecture du texte inversé pour renforcer l'idée de la descente et faciliter la lecture des images", précise l'éditeur.

Et c'est très réussi, on éprouve un vrai plaisir à naviguer entre texte et images, à découvrir avec surprise que telle photo de nature envahie de chèvrefeuille à l'automne naissant, oui, c'est bien Clichy-sous-Bois ; que ces architectures comme on n'en fait plus, oui, c'est Villetaneuse mais cela pourrait être ailleurs ; que ces rues, ces carrefours, ces décors publics qui semblent des instantanés surpris au vol dans une petite ville endormie des Deux-Sèvres, oui, c'est bien aussi la Seine Saint-Denis.

Et le texte de Claro se dévide, se détend, file, file au gré des pensées de l'hôtesse chutant entre ciel et terre, s'autorise des fantaisies typographiques en autant de clins d'oeil, comme ici :

j e
v a i s
p l u s
v i t e
q u e
l a
m o r t



Extrait du texte de Claro, en invitation à découvrir ce livre pour lequel j'ai un vrai coup de coeur :
"Un scientifique s'est amusé à calculer le temps qu'a duré ma chute, il savait mon poids, ça n'a pas été difficile mais le résultat auquel il a abouti, et dont je ne me souviens plus, ne m'a pas satisfaite. On m'a interrogée là-dessus et j'ai dit que le chiffre était peut-être correct mais l'unité fausse, il ne fallait pas compter en secondes mais en années. Ma chute a duré plusieurs années, même si personne ne me croit. Mais ce sont des années-ciel, très différentes des années-lumière et des années-mort, plus proches des années-amour, en fait."


Claro, Michel Denancé, Mille milliards de milieux (Le bec en l'air, 2010)


lundi 29 mars 2010

Bonnes nouvelles des bestioles

(Billet publié dans le cadre d'un partenariat tout neuf entre Alapage et Le bibwebzine)



Wouah, la trouille, ça grouille de bestioles dans le recueil de seize très courtes nouvelles de Yigit Bener fort justement intitulé Autres cauchemars, publié très récemment chez Actes Sud à l'occasion de la Saison de la Turquie en France (juillet 2009 - mars 2010) !

Toutes les petites bêtes que personne n'aime sont là, prêtes à sortir des pages qui les contiennent : insectes rampants, piquants, buzzants, zonzonnants, irritants, urtiquants, dégoûtants ; araignées, scorpion, bousiers, cafards, fourmis, mouches, moustiques, moucherons, j'en passe et des plus dégueulasses - ah, les états d'âme d'une femme visitée par un ver solitaire !

Rencontre avec quelques cafards pour vous mettre l'eau à la bouche (p. 82) :
"Des gros, des petits... gras, courts, longs... noirs comme charbon, marron clair ou foncé, des jaunes, des gris, des presque rouges. Des zébrés, des unis, tachetés sur le dos... Antennes séparées ou collées, à l'horizontale ou à la verticale, les antennes recourbées. Ailés, cuirassés, potelés, à l'abdomen bombé.
L'encyclopédie ne mentionne que trois espèces : l'américain, le germanique et l'oriental... Tromperie ! On voit bien que ça ne se limite pas à ceux qui élisent domicile dans les hammams ou les radiateurs, il y en avait sûrement d'origine indienne, mongole, japonaise, africaine, australienne, voire de la Rome antique... Sans oublier les espèces esquimaude, lapone ou même lettone !"

Toutes ces bestioles, elles font peur, et on adore l'ironie de l'auteur, on en redemande. Et puis, tout bien réfléchi, le monde des humains n'est guère plus attirant : sentiments vils et destructeurs, corps vêtus d'uniformes, jeux de pouvoir, médecin de la mort, tortionnaires plus ou moins volontaires d'innocentes grenouilles.

En fait, ces petites histoires sont extrêmement politiques et universelles. Qu'on en juge avec cet autre extrait (p. 87) :
"Un bon moustique est un moustique qui ne quitte jamais son marécage. Ceux qui sont entrés dans votre champ de vision sont des moustiques hostiles qui ont la ferme intention de vous piquer pour vous pomper le sang : il ne faut pas hésiter à les massacrer, Dieu reconnaîtra les siens !
Ceux qui pensent que je ne suis pas en harmonie avec la nature se trompent. En harmonie, mais chacun chez soi. Pourquoi pas ?
Le mélange des genres n'a jamais donné de bons résultats. De toute façon, la nature est faite comme ça. Faites le test, si vous voulez : mettez une gazelle et un lion ensemble, et voyez voir ce qui se passe !"

La légèreté de ton flirte avec la gravité dans ces nouvelles où la Turquie est très présente en arrière-plan doux-amer. Quelques notes de la traductrice balisent ce qui pourrait passer inaperçu aux yeux d'un lecteur non averti des réalités turques, comme l'article 301 du Code pénal relatif à "l'insulte à l'identité turque, à la République, aux institutions ou organes d'Etat" qui permet de sanctionner tout délit d'opinion.

Un seul bémol à mon enthousiasme : l'abus de points de suspension gêne un peu la lecture. Dommage !


Yigit Bener, Autres cauchemars (Actes Sud, 2010). Nouvelles traduites du turc par Célin Vuraler

jeudi 25 mars 2010

Fous littéraires et des brouettes



L'AFPA Haute-Vienne organise jeudi prochain 1er avril sur son site de Romanet à Limoges
un colloque très prometteur intitulé


"Causeries brouettiques, brouettes, fous littéraires, bibliothèques imaginaires".




Pour consulter le programme, cliquer ici.



Pour tous renseignements et inscriptions :
AFPA Haute-Vienne
Z.I. de Romanet - 27 rue Léonard Samie
87000 LIMOGES
05.55.30.01.30
marie.peyrat@afpa.fr




Et pour voir de fort jolies brouettes (quelques photos ci-dessus),
rendez-vous jusqu'au 31 mars à la Bfm
(bibliothèque francophone multimédia de Limoges)

mercredi 24 mars 2010

Grand public vs intellos

(J'ai écrit ce billet pour Marginales, mon blog Mediapart. Je le mets aussi ici car il concerne les bibliothèques publiques)


J'ai un problème : voilà treize ans que je travaille en bibliothèque publique, au service direct du public, et je suis incapable de dire ce que "grand public" veut dire, je ne sais vraiment pas ce qu'est le grand public ni ce qui est a priori bon pour lui, à savoir (implicitement) "pas trop intello".

Qui sont donc Monsieur et Madame Granpublic ? Que je sache cette catégorie, si souvent mise en avant lorsqu'il est question de bibliothèques publiques, n'a jamais été définie ni étudiée par les spécialistes de sciences humaines. M. et Mme GP ont-ils voté dimanche ? A droite, à gauche, au centre, aux extrêmes ? Se sont-ils abstenus ? Ont-ils des goûts moyens en toutes choses ? Un professeur des écoles appartient-il au grand public ? Et un professeur du secondaire ? Et un professeur d'université ? Et un ouvrier viré de sa boîte ? Et une majorette ? Et un gitan analphabète amateur de films de Jean Renoir ? Et un journaliste ? Les retraités sont-ils plus emblématiques du grand public que les adolescents de banlieue ? Les classes moyennes, est-cela, LE grand public ? Pour qui devons-nous travailler ? Danielle Steel est-elle grand public ? Et la bande dessinée ? Et Marcel Conche ? Et la poésie ? Les petits romans sont-ils plus grand public que les gros ? De plus, histoire d'introduire un peu de désordre dans nos catégories, les choix de Monsieur et Madame Granpublic sont parfois inattendus, leurs goûts et leurs intérêts ne les portent pas toujours vers où nous nous attendions à ce qu'ils aillent.

Autre facette du problème, corollaire de la précédente : je suis à peu près incapable de déterminer si un livre, une musique, un film, sont "intellos" - je ne suis pas du tout physionomiste, c'est peut-être lié.La catégorie "intello" est pour moi vide de sens. Les livres de François Jullien sont-ils intellos ? Certes, on suit mieux le fil de sa pensée si on connaît un peu le chinois et le grec, mais inversement ils peuvent susciter le désir de découvrir ces langues et ces pensées. Les films à petite diffusion appartiennent-ils à cette catégorie "intello" mal définie, si utile pour les exclure des fonds destinés au grand public ? La poésie est-elle intello ? Selon moi, elle parle à l'âme bien plus qu'à l'intellect ; de plus elle sert parfois, aussi, à lutter. Les cours de Michel Foucault au Collège de France, je parie que c'est intello - et pourtant ! Les livres d'un prix Nobel d'économie sont-ils intellos ? A mon avis, ils peuvent être utiles pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Essayer de comprendre, c'est ça être intello ? Mais dans le "grand public" avec lequel je travaille au quotidien, je vois une belle quantité de gens désireux d'avoir des outils pour comprendre. Sont-ils donc tous des intellos ? Ben non, puisque je vous dis que c'est le grand public !

Zut alors, reprenons à zéro. J'ai vraiment besoin d'aide !

mardi 23 mars 2010

Bibliothécaires : intellectos...

... ou nymphos ?



lundi 22 mars 2010

Vingt-trois bonnes raisons d'aimer "Enigma" d'Antoni Casas Ros

- Antoni Casas Ros est un jeune écrivain catalan.
- Enigma est un livre plein de livres.
- C'est un roman plein d'écrivains.
- On a tout de suite envie de le relire.
- Joachim, Ricardo, Naoki et Zoé ont chacun leur "enigma".
- Enigma se passe à Barcelone.
- Ce roman n'a pas de dernière page, donc pas de fin.
- Il donne envie de lire La vengeance d'une femme de Barbey d'Aurevilly.
- Zoé aime José Saramago et Antonio Lobo Antunès.
- On ne s'ennuie pas pendant les scènes de sexe.
- Antoni Casas Ros est un surdoué des situations tragicocasses.
- Ricardo est un poète raté qui réussit et finit mal.
- Ce roman donne très envie d'aller manger des tapas à la Vinya del Senior place Santa-Maria del Mar en buvant du vin blanc sec bien frais.
- Naoki a une façon très personnelle d'écouter de la musique avec son Ipod.
- Zoé nage très loin vers le large.
- Un personnage sur deux est un assassin ou une meurtrière.
- Un autre mutile les livres par amour de la littérature.
- Tous s'abandonnent aux fluctuations de l'amour.
- Etre handicapé n'empêche pas Joachim de baiser.
- Ce roman donne très envie de lire Enrique Vila-Matas.
- Naoki finance un acte subversif peu banal.
- Ce roman donne envie d'aller flâner à Barceloneta pour choisir des livres à la librairie Bartleby & Co ; si on ne la trouve pas, on peut se baigner et manger du poisson dans un petit restaurant.
- Il donne envie de lire aussi le premier roman d'Antoni Casas Ros, Le théorème d'Almodovar (Gallimard, 2008), ainsi que son recueil de nouvelles, Mort au romantisme (Gallimard, 2009).

dimanche 21 mars 2010

Ce que veulent les livres

"Traverser les livres dans le silence était pour moi une expérience étonnante. Je sentais chaque auteur, chaque texte, d'une manière absolument organique. Les livres avaient un effet direct sur tout mon être et de temps en temps, il fallait que je les change de place. Un volume demandait à venir sur la table pour qu'il trouve son lecteur du jour. Un autre désirait réintégrer les rayonnages, se fondre dans la masse anonyme. Certains auteurs criaient, ne supportaient plus l'ordre alphabétique, ils voulaient clairement échapper à une certaine fatalité de voisinage et le disaient haut et fort. Il suffisait d'être à l'écoute des livres pour comprendre qu'on ne pouvait rien leur imposer. Un livre est un organisme vivant, avec ses besoins, ses rêves, ses revendications. Et trop souvent, les librairies et les bibliothèques ressemblaient à des mouroirs où s'entassaient des êtres débilités. En passant, je pris un petit volume de Reinaldo Arenas : Arturo, l'étoile la plus brillante. Il exigeait d'être lu ce matin même, dans la tranquillité, l'odeur du café, les rires des enfants."

Antoni Casas Ros, Enigma (Gallimard, 2009)