lundi 20 octobre 2008

Sélect


Gros coup de coeur pour La sélec, un tout nouveau magazine édité par la Médiathèque de la Communauté Française de Belgique, découvert grâce à Médiamus.

lundi 6 octobre 2008

20/20

M. a 11 ans. Il est en 6ème dans un des deux collèges du quartier et vient très souvent à la bibliothèque. Il était puni, privé de cyberbase jusqu'à samedi dernier pour non respect des règles. Privé d'internet, de jeux, de clips de rap, de chat avec les potes - on ne va quand même pas se laisser enquiquiner par des enfants de moins de 12 ans, n'est-ce pas ? Et samedi, à l'ouverture, il était là, avec un visage sérieux et pas du tout escroc de banquier quinquagénaire qui s'attend à recevoir des prébendes de l'Etat. Un dossier rouge à la main, bien en évidence, pour le cas où nous n'aurions pas compris tout de suite qu'il n'était pas là pour rigoler.
"Il faut que j'aille à la cyberbase, j'ai un exposé à faire pour lundi.
- Je te rappelle que tu es puni, M.
- Oui, mais c'était jusqu'au 4 octobre et le 4 octobre c'est aujourd'hui.
- C'était jusqu'au 4 octobre INCLUS.
- Madame, il faut que je fasse mon exposé ! C'est pour lundi !
Ben voyons ! Et si ton travail n'est pas fait, ce sera la faute des bibliothécaires, si je comprends bien ?
- Qu'est-ce que c'est, ton exposé ?
- C'est sur Wolfgang Amadeus Mozart.
Pour un peu, il prononcerait à l'autrichienne. Visiblement, il s'est bien entraîné avant de venir. Regard franc, direct, presque passionné, d'érudit septuagénaire qui voudrait consulter un document rare. Non, il en fait un peu trop, là !
Bon, s'il est vraiment si motivé pour bosser sur Mozart, nous ne pouvons pas décemment l'en empêcher. Bien joué, M. !
Il a donc, en vrai, consacré son heure d'internet à préparer un exposé très complet sur le grand compositeur, avec l'aide de l'un des animateurs. Aux 20/20 en musique, j'ajouterais bien un 20/20 en négociation efficace...

samedi 4 octobre 2008

Réseaux sociaux

Découvert sur l'excellent Geek & poke


vendredi 3 octobre 2008

RMI

Un jeune couple. Elle sauvagement belle, lui un peu ours. Ils viennent pour la première fois à la bibliothèque, ne savent ni lire ni écrire. Je remplis leurs fiches d'inscription à partir de leurs "permis de circulation" et leur demande de faire eux-même la croix pour signer. Je leur explique comment fonctionne la bibliothèque, les possibilités qu'offre le réseau, les règles de prêt, à quel endroit ils peuvent trouver tel ou tel type de documents. Ils semblent inquiets en me regardant remplir leurs fiches sur l'ordinateur. "Vous n'allez pas nous supprimer le RMI ?" dit l'homme. Je camoufle mon étonnement comme je peux, les rassure, explique encore.

Ils filent à l'espace DVD et empruntent un film de Jean Renoir, après s'être assurés qu'il est bien en version française - choisir la langue avant de lancer un film lorsqu'on ne sait pas lire, la difficulté est trop grande !

Depuis ce jour-là, ils sont revenus tous les jours, toujours ensemble, ils ont feuilleté des mangas, emprunté des DVD pour enfants. Ils parlent peu mais semblent se sentir bien ici.

mardi 30 septembre 2008

Entre les murs

Pour être honnête, je n'étais pas très chaude pour aller voir le film de Laurent Cantet (Palme d'Or à Cannes 2008, est-il utile de le rappeler aux étourdis qui ne suivent pas l'actualité ?). Et pourtant, comme pour L'esquive d'Abdelatif Kechiche, je dois reconnaître que j'ai totalement adhéré et que je ne m'y suis pas ennuyée une minute. J'ai trouvé ce film subtil, pas du tout manichéen, pas donneur de leçons, et je ne suis finalement pas surprise que le jury l'ait choisi à l'unanimité. Je l'ai regardé en bibliothécaire de banlieue qui accueille des adolescents ; la situation est différente, puisqu'ils viennent à la bibli librement alors qu'ils sont contraints d'aller à l'école, mais je me suis à plusieurs reprises identifiée à ce prof de français confronté à des réactions, à des paroles, à des comportements imprévus. Plusieurs fois, j'ai eu envie de lui dire "non, fais gaffe, c'est pas comme ça qu'il faut faire, ça va être la cata si tu entres dans le jeu !"

Le personnage que j'ai préféré, c'est Esmeralda, la tête à claque qui refuse de lire le Journal d'Anne Franck, qui se livre à des considérations sociolinguistiques sur le plus-que-parfait du subjonctif, fout la merde pendant le conseil de classe, a des attitudes systématiquement négatives... mais dont on apprend à la fin de l'année qu'elle a avalé un livre de sa grande soeur, La république de Platon. Rien que ça ! Là, la tête du prof vaut 20 ! Et on en déduit que l'école n'a peut-être pas nourri convenablement son intellect durant toute cette année. En bibliothécaire, je me dis qu'il y a peut-être là une idée à creuser : les adolescents sont des gens sérieux, qui se posent des questions sérieuses, notre rôle d'adultes référents est important pour les aider dans ces cheminements. Si l'Education Nationale ne le fait pas, pourquoi pas les bibliothèques ?

Le personnage le plus caricatural, à mon avis, c'est le proviseur, avec son physique et sa tête de personnage de manga aux yeux démesurément agrandis et aux discours stéréotypés.

Le détail qui m'a le plus choquée, c'est le conseil de discipline qui se déroule... au CDI. Cela semble avoir échappé à la plupart des commentateurs, mais pour moi c'est lourd de sens.

La situation qui me semble la plus inacceptable, c'est le déroulement du conseil de classe, où visiblement les deux déléguées ne sont pas prises au sérieux, au point qu'on les laisse pouffer, se parler à voix basse, se lever - sans remarquer au passage qu'elles notent tout ce qui se dit pour le rapporter à leurs camarades. Le proviseur leur fait juste remarquer qu'elles ne doivent pas manger de gateaux, mais à aucun moment il ne leur rappelle en quoi consiste leur travail de déléguées et quel est le comportement adéquat en conseil.

Voilà, c'étaient juste quelques remarques rapides avant une réunion qui va commencer. Ce post n'est pas du tout à lire comme une analyse critique du film - on pourra en trouver à plein d'autres endroits. Ce qui est sûr, c'est que ce film mérite d'être vu, quelles que soient les prévenances que l'on peut avoir a priori.

lundi 29 septembre 2008

Recyclage

Des créations de Laura Cahill réalisées en livres recyclés, découvertes grâce au Bibliofil

Biso nyoso, tous ensemble à la bibliothèque



"Il revient quand, Mega ?" C'est la question que posent maintenant Gulben, Jonathan, Lakhdar et les autres. Ils ont entre cinq et dix-huit ans et fréquentent régulièrement la bibliothèque de leur quartier. Et ils savent que parfois les bibliothécaires leur réservent des surprises.

Cette année, leur rentrée a été marquée par des ateliers qui leur ont permis de rencontrer les plasticiens du collectif
Les Eza possibles, secoueurs d'art contemporain venus tout droit de "Kin" (Kinshasa) en République démocratique du Congo à l'invitation du festival Les Francophonies en Limousin. En toute liberté, guidés par Mega Mingiedi, Pathy Tshindele et l'équipe de bibliothécaires, ils ont réalisé une fresque collective de plusieurs mètres de long, où voisinent lettres, noms, drapeaux de leurs pays d'origine, visages, traits, lignes, points, papiers découpés. Durant ces ateliers, ils ont aimé pouvoir venir, dessiner, repartir, revenir, parler avec des artistes complètement à leur écoute, faire du bruit, mettre des couleurs, jouer, être ensemble. Ce qui a eu lieu durant ces six fois deux heures est aussi important que le résultat final, même si les oeuvres produites ainsi (sur papier et sur toile) ne manquent pas d'intérêt.



"L'esprit d'équipe, c'est comme la ferraille. Tant que c'est séparé, ça ne fait rien. Mais quand on rassemble, quand on soude, ça fait quelque chose."

Pour connaître les tendances de la création contemporaine congolaise, consulter le blog Urban Congo.

dimanche 28 septembre 2008

Des blogs

Se nourrir chaque jour de biblioblogs est important pour rester en bonne santé bibliothéconomique. Encore faut-il bien les choisir. Pour ma part, j'ai une nette préférence pour les biblioblogs "incarnés", ceux où affleure la présence d'un ou plusieurs êtres humains avec leurs doutes, leurs imperfections, leurs humeurs et coups de coeur, leurs éclats de rire. Les blogs institutionnels, même s'ils tendent plus vers la perfection formelle, m'intéressent moins. Je les trouve trop lisses, froids, trop corrects, sans chair ni âme. Ils ressemblent souvent trop à des communiqués de presse officiels et n'apportent guère de plaisir de lecture. J'aime savoir qui écrit et "d'où" ça s'écrit. Une bibliothèque, c'est une institution ; ce sont aussi des êtres humains à la rencontre d'autres êtres humains. Rien n'oblige un blog institutionnel à être désincarné - en témoigne le tout récent Bua'bloc, créé par l'équipe de direction de la bibliothèque universitaire d'Angers et destiné aux étudiants.

Depuis peu, j'ai abandonné mon agrégateur Netvibes pour Google Reader - oui, je sais, c'est G... et alors ? Ce que j'apprécie dans cet outil de veille, c'est la possibilité de mettre des mots-clés sur les articles qui m'intéressent (très utile pour les retrouver facilement), de partager et éventuellement commenter ceux que je sélectionne. Je trouve cette pratique plus vivante que la simple consultation de flux... avant oubli. Le problème auquel je commence à me heurter, c'est celui de la quantité : j'ai actuellement un peu plus de 80 abonnements (biblioblogs, mais aussi blogs de journalistes dont les questionnements peuvent éclairer ceux des bibliothécaires, blogs d'écrivains et de critiques littéraires, de philosophes, de sociologues, de critiques d'art). J'ai une pratique de lecture de plus en plus rapide - je rêve de revenir à la lecture lente d'antan, heureusement qu'il reste la poésie pour cela - mais mes yeux et mon cerveau ne peuvent pas absorber plus, j'arrive à RSSsatiété. Je crois que, sous peine de souffrir "d'infobésité", il va falloir que je pratique une sorte de désherbage systématique : un nouveau flux = un flux supprimé. Ceci dit, dans ce domaine comme dans bien d'autres, adopter des pratiques collectives serait plus intelligent et éviterait les bidouillages personnels intuitifs et erratiques.

mercredi 24 septembre 2008

Douceur

Je passe les livres sur le démagnétiseur. Un enfant : "Madame, c'est pour que les livres soient plus doux que vous faites ça ?"

mardi 23 septembre 2008

Le lecteur

"C'était un être secret. Il adorait un seul dieu mortel, le grand Dionysos, à qui Cerbère, le chien qui gardait l'entrée des enfers, léchait les pieds. C'est à travers lui, à travers les yeux de Dionysos, qu'il apercevait tout à présent, sans que les autres le sachent. Il transforma ses séances de lecture en une fête nocturne, à la recherche de "dissolues bouffonneries carnavalesques" et "d'immondices verbales". Tout avait commencé comme un paradoxe comique. Tout venait de la commande que lui avait passée le chapitre de la cathédrale de Saint-Jacques : étudier les expressions risus paschalis, le rire pascal, la célèbre festa stultorum, la fête des idiots, et même l'existence ou pas d'une fête des ânes dans la tradition de l'Eglise compostellienne. Evidemment, il n'avança pas beaucoup dans cette commande particulière. Il ne parvenait plus à être sur tous ces fronts qui s'étaient soudain ouverts devant lui. A s'intéresser à tous ces livres qui l'attendaient sur les rayonnages irrédentistes, dans les armoires fermées et enterrées vivantes dans des greniers ou dans des caves immondes. Il commença à fouiller les recoins qu'il avait jadis proscrits. Ses doigts jaunes de philologue guerrier sentaient à présent le sexe et brillaient de la même façon que la savoureuse lie des mots." (p. 311-312)

Manuel Rivas, L'Eclat dans l'Abîme : mémoires d'un autodafé (Gallimard, 2008)