lundi 6 avril 2009

OPACs* de nouvelle génération

A l'occasion de l'assemblée générale du groupe Limousin-Poitou-Charentes de l'ABF, lundi 30 mars à la Bfm, Marc Maisonneuve (Tosca Consultants) a donné une conférence sur "le catalogue de la bibliothèque à l'heure du web 2.0 : présentation de l'offre d'OPACs de nouvelle génération" (voir sa présentation en pdf à la rubrique "Séminaires 2009").

Voici quelques notes sur ce qui m'a semblé important. Demain, je proposerai quelques réflexions sur ce qui m'apparaît comme un impensé des SIGB, OPACs et sites de bibliothèques : le compte-lecteur.


CONSTAT :

Le web, les relations interactives, ont contribué à la disqualification des pratiques traditionnelles de lecture de livres : le livre suppose un temps long, alors que le web offre l'immédiateté. L'exigence du "tout, tout de suite" l'emporte (faire vite et bien). Le livre est désormais "disqualifié" (déjà annoncé par François de Singly en 1993). Les bibliothèques ont actuellement un mauvais positionnement : problème des horaires d'ouverture (alors que le web est disponible 24 h / 24). Elles n'ont pas su suivre l'évolution des pratiques d'information ni des pratiques culturelles. A titre d'exemple, seuls 14 % des Français ont le réflexe d'aller en bibliothèque pour y trouver un nouveau roman... Elles ont toutefois une bonne image en ce qui concerne la qualité de leurs fonds. Côté acquisitions, nous sommes bons ! Diverses études montrent l'intérêt que présenteraient des services personnalisés, "profilés" : faut-il faire du sur-mesure pour chaque usager ?


UNE DOUBLE EVOLUTION A PREVOIR

Le positionnement de la bibliothèque comme lieu de loisir et de convivialité doit s'accompagner d'une offre d'outils conformes aux standards de la culture numérique (immédiateté, personnalisation, contenus en ligne).


Débat avec la salle

Le "tout, tout de suite" est influencé par la culture d'entreprise. Quid du temps long ? La demande des usagers sur les fonds loisirs et vie pratique reste très forte. Les bibliothèques sont perçues comme des lieux d'étude plutôt que de loisir. Plusieurs études montrent que les pratiques culturelles augmentent en France. Les bibliothèques ont évolué et continuent à évoluer ; on peut se demander pourquoi leur image évolue aussi peu. Les tendances changent : effet positif de la crise ? Il convient de relativiser la "rupture générationnelle" pointée par les études de sociologues, tout en restant à l'écoute des tendances. Erreur à éviter : la crispation. La fonction de prêt étant en érosion, il faut inventer d'autres propositions. Virgin et la FNAC sont devenus des lieux de séjour : incarnent-ils aujourd'hui la bibliothèque idéale ? L'offre numérique est quasiment inexistante aujourd'hui, il y a là une opportunité à saisir. La trop grande promiscuité avec le système scolaire a un effet contre-productif (cf. étude Tosca à paraître en juin)



LES OPACS DE NOUVELLE GENERATION

Les OPACs classiques présentent de gros défauts : ils ont un taux de silence redoutable, ne donnent rien à voir, n'incitent pas à la découverte, ne sont pas sexy, offrent peu d'aide au choix, ne sont pas encourageants pour l'usager qui doit se débattre avec un jargon inconnu. Les premiers OPACs ont vu le jour il y a 25 ans, ils ont peu évolué et les usagers ne se les sont pas appropriés. Nombre d'entre eux ne savent pas ce qu'ils cherchent, et il serait bon qu'ils trouvent quelque chose... D'autre part, avec le développement du numérique il est possible que nous voyions de moins en moins l'usager "irl" (in real life) ; comment rester en contact avec lui ?

Les OPACs de nouvelle génération présentent des caractéristiques communes :

  • recherche " à la google "

  • écran dépouillé
  • beaucoup de "bruit" dans les réponses, mais c'est moins déstabilisant que le silence (pas de situation d'échec)

  • réponse aux demandes précises ET aux demandes imprécises
  • navigation à facettes offrant différents angles de vision (cf. sites de commerce en ligne)

  • stratégies de rebond (nuages de mots)

  • tri des résultats par niveau de pertinence (algorithmes)

  • différentes manières de poursuivre la recherche : restreindre, rebondir, recommencer
  • pas plus d'un clic ou deux pour accéder à l'information
  • contenus enrichis grâce à diverses sources (y compris commerciales). Problème : les contenus disponibles restent pauvres en France.

  • l'usager a droit à la parole. Problème : les contenus produits par les usagers ne sont pas toujours intéressants

  • l'OPAC doit être indépendant du SIGB : deux systèmes indépendants à synchroniser
  • contenu enrichi, mais problème des bases de données fermées, inaccessibles (notices d'éditeurs par exemple)
  • zazieweb : contenus produits par des libraires
  • Babelio propose aussi une offre aux bibliothèques
  • rôle possible de l'ABF pour la production et la mutualisation de contenus ?

Le compte usager relève actuellement d'un bricolage peu satisfaisant et fait l'objet de peu d'études. J'aborderai cette question, qui a été à peine effleurée lors de cette conférence, dans un prochain billet.

* OPAC : "open public access catalog", à savoir le catalogue que peut consulter le public en bibliothèque - est-ce clair pour les non-bibliothécaires ? ;-)

6 commentaires:

Risu a dit…

"rôle possible de l'ABF pour la production et la mutualisation de contenus ?" > pourquoi pas...

Nadine Pestourie a dit…

Oui, pourquoi pas ?
Il me semble évident que ce travail ne doit pas se faire à un niveau exclusivement local. Des bibliothécaires qui produisent isolément de l'enrichissement de contenu, il en existe un peu partout en France, et aussi en Belgique, au Québec... A mon avis, Marc Maisonneuve a raison, l'ABF est sans doute la structure la plus adéquate pour une mutualisation. Peut-être en partenariat avec Babélio, très demandeur de partenariats avec les bibliothèques ?
Il resterait à mettre cela en place.

A bientôt :-)

Jérôme a dit…

L'avantage du logiciel libre, en matière d'OPAC plus particulièrement, mérite à mon sens d'être souligné.
L'orientation utilisateur (élément consubstantiel au produit open source) ainsi que la fréquence du jeu de versionning (dans le cas évidemment d'une communauté importante et active) sont en effet une bonne garantie d'évolution fonctionnelle de l'OPAC et de son adéquation avec les usages en cours (ceux du web).
Un exemple (au hasard) d'OPAC 2.0 performant et en évolution constante : KOHA (cf.mediathequeouestprovence)
JPouchol

Nadine Pestourie a dit…

Marc Maisonneuve a insisté sur le fait que les OPACS devraient être découplés des SIGB. Personnellement, je n'ai pas d'opinion à ce sujet.

Koha, oui, on y va...

Jérôme, pourriez-vous expliquer ce qu'est le "versionning" ? C'est la première fois que je vois ce mot, j'ai une vague idée, un peu floue !

Jérôme a dit…

@Nadine, désolé, je ne reprends le fil qu'aujourd'hui....
So, on entend communément par "jeu de versionning" (c'est pas très beau, je l'avoue), la fréquence de changement de version du logiciel. Et de ce point de vue, et à condition que la taille de la communauté des utilisateurs ainsi que le nombre de contributeurs soient importants (ce qui est précisément le cas de Koha), l'open source offre plus de garanties que le produit propriétaire. La pression du club utilisateur (pourtant client) ne suffit manifestement pas à rendre ce dernier suffisamment réactif par rapport aux attentes des utilisateurs et aux avancées technologiques du web...
JPouchol

voyance gratuite par mail a dit…

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