vendredi 7 novembre 2008

Seuils, marges, franges et autres vestibules

En 1987, les éditions du Seuil publiaient un texte désormais classique de Gérard Genette : 388 pages consacrées aux Seuils des livres, au paratexte - si utile aux bibliothécaires et à tous ceux qui veulent ou doivent parler de livres qu'ils n'ont pas lus... Appartiennent au paratexte (pour n'en citer que quelques éléments constitutifs) le nom de l'auteur, la présentation éditoriale, les titres et sous-titres, préfaces, notes, confidences plus ou moins calculées. "Car les oeuvres littéraires, au moins depuis l'invention du livre, ne se présentent jamais en société sous la forme d'un texte nu : elles l'entourent d'un appareil qui le complète et le protège, en imposant au public un mode d'emploi et une interprétation conformes au dessein de l'auteur."

Sur les blogs également, peut-être même plus encore que sur les livres, les textes écrits par les blogueurs sont loin d'apparaître à nu, et ce qui figure dans les marges configure largement la personnalité du blog. Ce que dit G. Genette à propos des livres s'applique bien ici : il parle d'une "zone non seulement de transition, mais de transaction : lieu privélégié d'une pragmatique et d'une stratégie, d'une action sur le public". On peut citer dans ce registre
- le choix du titre
- le "thème" du blog : couleurs, police de caractère, choix de l'austérité ou d'un large sourire
- l'auto-présentation du blogueur, avec tout un jeu autour du montré-caché - il y aurait là un bon sujet pour une thèse de sémiotique
- la blogoliste plus ou moins fournie ou sélective, le mode de présentation de cette liste
- l'univers agrégatif mis à disposition
- les widgets de toutes sortes, dont certains blogueurs sont tellement friands qu'ils retardent de façon parfois excessive le chargement du blog
- (la liste n'est pas close).

L'usage de plus en plus répandu des agrégateurs risque, en permettant d'aller au plus vite à l'essentiel, de conduire les lecteurs à se priver de ces marges et, par voie de conséquence, d'un élément essentiel de la richesse des blogs. Et puis, à quoi ça sert que les blogueurs se décarcassent, développent des stratégies de séduction et revêtent leurs blogs d'habits attrayants et d'accessoires soigneusement choisis, si finalement les lecteurs ne voient les textes que dans leur nudité ?

Quelques blogs parmi d'autres (non classés, je le précise), dont j'aime particulièrement les seuils, marges, franges et autres vestibules :
Novövision
De tout sur rien
Gothic Senebrus
Liber-libri
Le catablog
Bibliobsession 2.0
Vocivélo
Desperate librarian housewife
Mémoire2silence
Margherita Balzerani

3 commentaires:

tex_242 a dit…

Post TRES intéressant Nadine!!!

Eh oui, en effet, les blogs pourraient faire un beau sujet d'étude. D'ailleurs (chut, tais-toi Nadine stp!), d'où viennent Gothic Senebrus et Hector Buissneg...?

Anonyme a dit…

A vous entendre, c'est la personnalisation des blogs qui feraient leur valeur pour le lecteur. Pourquoi pas, c'est effectivement assez agréable de savoir où on met les pieds. Mais le risque n'est-il pas que les "stratégies de séduction" finissent par prendre le pas sur les contenus ? Séduire d'abord, faire sens ensuite. Créer son auditoire de fidèles en utilisant tous les moyens, et en rajouter encore une couche pour les garder. Mais tout ça porte un nom, au fait,c'est la démarche des publicitaires, non ?
Adieu le produit, bonjour l'image du produit ?
Ceci dit, c'est vrai que c'est un beau sujet de débat.

Nadine a dit…

@tex
moi je sais eueueu...
@anonyme
à mon avis, il ne peut pas y avoir de séduction sur du vide