samedi 28 mars 2009

Toi, tu as le temps

"Oui, mais toi, tu as le temps !" Un peu marre d'entendre ça. Sous-entendu : "on n'a pas le temps parce qu'on travaille, nous". Message subliminal : "si tu bossais un peu plus, tu n'aurais pas le temps, toi non plus". Pas le temps de veiller, de bloguer, de faire la geek, de regarder ce qui se passe ailleurs, d'avoir des échanges avec des collègues d'autres bibliothèques. Comme si ces activités-là ne faisaient pas partie intégrante de mon métier, aujourd'hui.

Ce qui m'a pris du temps, sur plusieurs mois, c'est de découvrir et faire miens les principaux outils du web 2.0. Oui, et j'ai ramé, cela m'a demandé un fort investissement personnel, des efforts pour comprendre comment ça marche et à quoi cela peut servir et ce que, très concrètement, je peux en faire. Ce que, par conséquent, d'autres bibliothécaires peuvent en faire. Il m'est arrivé d'avoir l'impression de défricher une dense forêt épineuse, même si le terrain était déjà partiellement déblayé par d'autres "hybrides" et par quelques collègues plus dégourdis que moi - Adrien, Niels, Michel et les autres ;-). L'auto-apprentissage, ça a du bon, mais qu'est-ce que c'est difficile ! Ceci dit, à ma grande satisfaction, je me sens de plus en plus autonome et désormais apte à transmettre.

Je reviens sur la question de l'organisation d'une veille pas trop chronophage. Comme j'avais du mal à évaluer le temps que j'y consacrais au quotidien, j'ai fait ça chez moi au calme durant quelques jours. Je suis en mesure d'affirmer que j'y consacre en moyenne un peu moins d'une heure, tous les jours de la semaine, soit un total de sept heures hebdomadaires. Je n'inclus pas le temps que je passe à revenir sur les posts, billets et articles les plus intéressants, en une lecture-plaisir lente. Voici comment je procède au quotidien :

L'outil de veille que j'utilise le plus est Google Reader. J'y ai cent cinquante abonnements, ce qui représente une moyenne de deux cent cinquante nouveaux flux par jour. Il est bien évident que je ne lis pas tout de la première à la dernière ligne - tout comme pour l'épreuve de note de synthèse du concours, c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire... J'ai tout classé (plus ou moins bien) dans des rubriques : biblioblogs, littérature, art, presse, société, etc. plus une rubrique "en observation" où les nouveaux séjournent quelque temps avant que je décide de les garder ou de les supprimer. Je consulte en priorité les biblioblogs. Je regarde ensuite ce qui a été mis en partage par Silvère, Lionel, Risu, Daniel, Rincevent et Tex, qui ont aussi accès à ce que je mets en partage. Cet échange de bon procédé permet de gagner du temps et amplifie l'efficacité de la veille. Je regarde ensuite ce qui a été mis en partage par les veilleurs de aaaliens : autre source très appréciable. Je ne lis pas tout, ce sont le plus souvent les titres qui suscitent, ou non, mon intérêt. Pour mettre en partage, il me suffit d'un clic sur "partager" ou "partager avec une note" si je veux ajouter un commentaire. Avec ce simple clic, le lien sélectionné apparaît aussitôt sur mes blogs et sur Friendfeed (il suffit d'un paramétrage) et partiellement sur Facebook (pour une raison que j'ignore, tout ne bascule pas). Facebook me sert aussi d'outil de veille partagée : j'y trouve des infos intéressantes et j'y mets des liens. Je mets les posts qui me semblent présenter un intérêt général durable sur Delicious (un copier-coller de l'adresse url plus quelques tags), qui me sert un peu de panier où je vais ensuite piocher pour "ma bonne e-toile". Enfin, il me reste à regarder les nouveaux flux sur les autres blogs.

Le repérage des sources les plus pertinentes demande, au départ, un travail et un temps de réflexion. Toutefois, la veille partagée évite de refaire chacun dans son coin le travail qui a déjà été réalisé par d'autres.

Bon, je pensais faire un billet d'humeur assassin pour HURLER que je ne veux plus entendre "oui, mais toi, t'as le temps". Finalement je n'ai pas été méchante et il me semble avoir donné quelques pistes pour que les "j'ai pas le temps, moi" se mettent eux aussi au web 2.0.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

"Oui, mais toi, tu as le temps !" Un peu marre d'entendre ça. Sous-entendu : "on n'a pas le temps parce qu'on travaille, nous". Message subliminal : "si tu bossais un peu plus, tu n'aurais pas le temps, toi non plus".

Pas de quoi en faire un fromage. On a malheureusement TOUS entendu ça un jour où l'autre, en réel ou en subliminal, et ce, quelle que soit la tâche à laquelle on s'adonne.

A titre personnel, je l'ai fortement "ressenti" de la part de "collègues" d'autres services le jour où le DGS s'est senti obligé de me complimenter comme un gamin parce que mes rapports, mes réponses à différentes demandes émanant des services comptables ou des ressources humaines, étaient "toujours à l'heure". J'ai senti un vent de suspicion, voire plus, me passer au dessus de la tête, de la part de collègues "des bureaux" qui sont toujours dans la mythologie du bibliothécaire qui n'a rien d'autre à foutre qu'à bouquiner et papoter avec ses lecteurs. Et qui ont du mal à le cacher. Et de la part des publics ce sont aussi des choses que l'on ressent parfois très fortement.

Non, la question véritable n'est pas le temps qu'on passe à une tâche, dans le cadre professionnel, mais le rapport entre ce temps et ce que cela "produit" pour le service, j'entends par là le "service rendu au public". Or, en théorie, je (je collectif) dois être capable à tout moment de justifier du "retour sur investissement" que représente cette production et le temps que j'y passe.

Or, pour ce qui est de la veille, c'est très difficile à faire passer. On me répond : oui mais tu travailles pour d'autres bibliothécaires, ton public n'en profitera pas, ou si peu etc...

J'ai essayé d'en discuter un jour avec la responsable des marchés publics, elle aussi obligée à une forte veille juridique dans son domaine. Non seulement elle a refusé de me dire le temps qu'elle y passait, comme si c'était une grossièreté, mais elle m'a clairement fait comprendre (le mépris est toujours très clair)qu'il n'y avait strictement aucun rapport avec mes amusettes. Point final.

C'est quoi "bosser" ? D'abord se faire chier, et ensuite le faire savoir copieusement par des plaintes répétitives sur l'impossibilité d'être à jour dans son boulot. Un fonctionnaire qui prend son pied et est à jour n'est forcément qu'une immonde feignasse. J'ai retenu la leçon.

Les bibliothécaires musicaux a dit…

Très juste mise au point. Sois rassurée, cette réflexion riche d'insinuations sympathiques, tu n'es pas la seule à l'avoir entendue.
Mais je vois mal aujourd'hui quel service un bibliothécaire pourrait rendre au public, en étant coupé de l'information et de la culture telles qu'elles circulent aujourd'hui en ligne.
Est-il possible d'ignorer l'actualité culturelle, numérique, juridique, etc. accessibles par les sites et les blogs, les bases et banques de données en ligne, ou encore sur les médias sociaux de partage et diffusion de de contenus ?
Pour connaître toutes ces ressources, il faut du temps, du temps pour les évaluer, pour les tester, en résumé, comme tu le dis du temps pour s'autoformer. Et ce n'est pas une perte de temps pour la colllectivité, car ensuite, on peut à son tour transmettre ce savoir rechercher, ce savoir apprendre, ce savoir s'informer (en anglais literacy) au plus grand nombre.
Donc, oui "j'ai le temps" : je prends le temps de faire mon métier de bibliothécaire qui "accueille, oriente et conseille le public dans sa recherche de lecture ou d'information".
Car pour orienter et conseiller l'usager dans la recherche, cela demande un temps nécessaire de préparation. NB

Nadine Pestourie a dit…

@ Anonyme

La question du "retour sur investissement" pour la collectivité est, effectivement, importante. Je pense y consacrer un billet... dès que j'aurai le temps ;-(
Cette question-là, il serait utile de (se) la poser pour chacune de nos activités, n'est-ce pas ?
En ce qui me concerne, je ne suis pas toujours "à l'heure" dans mon travail ; ça, c'est pas bien du tout !


@ NB

Blogs et réseaux sociaux ne sont pas encore largement largement entrés dans les moeurs bibliothéconomiques. Mais oui, comment s'en passer dans notre métier, au quotidien ? Ils sont devenus nos outils de travail de base.
Ce qui semble poser problème, c'est la question du plaisir au travail : ces outils ne seraient-ils pas légèrement ludiques ? Tous ces bibliothécaires qui jouent à l'ordinateur...
;-)

Anonyme a dit…

La question du retour sur investissement se pose aussi de façon très différente selon le statut que l'élu donne au lieu. Si vous passez du statut de lieu culturel à celui d'outil du lien social, les mêmes tâches, les mêmes temps de travail, deviennent considérés différemment; C'est assez étrange à constater. De même pour les effets de mode et les terminologies : je suis passé récemment d'un affreux "secteur multimédia" à une jolie "cyberbase" (le poids des mots, le choc des photos...), sans pratiquement rien changer à l'activité du lieu, et je nous vois quasiment chaque jour gagner une dose de considération supplémentaire chez certains élus (pas tous, soyons clairs). Pourquoi ? Parce que mon vieux secteur multimédia faisait ringard, alors que la cyberbase va "probablement attirer des jeunes". Nouveau retour sur investissement, autre regard, autres attentes. C'est aussi malheureusement par ce marketing stupide que l'on peut faire "passer" certaines tâches.

Le public, y compris jeune, ne s'y est pas trompé : on n'a pas fait un pelé de plus après ce toilettage puéril.

Anonyme a dit…

bonjour!
"jouer à l'ordinateur"...
moi l'ordinateur ça me fait chier, j'en mange toute la journée et ce depuis mes premières années: (oui je fais de la poésie).
Les outils de veille, les agrégateurs, les flux, les Facebook et autres Myspace, ça m'emmerde vraiment!
Vous avez peut-être l'impression de "jouer à l'ordinateur", vous n'êtes peut-être pas née au milieu de ce dégueulis d'informatique et de technique, vous n'avez peut-être pas toujours baigné dans ce flicage permanent de la personne que permet l'informatique (tiens, ils ont pas voté une loi hier soir?), moi l'informatique c'est pas que synonyme de loisirs, c'est aussi et (presque) surtout synonime de boulot, de contrainte...
"t'es pas sur Facebook? qu'est-ce que t'attends???" ça fait un an et demi que je me la reçois tous les jours celle-là! "allez viens, viens sur Facebook! qu'est-ce que tu fous???"... "T'as vu la vidéo de proulite435 sur youtube, on parle que de ça... tu l'as pas vu? mais qu'est-ce que tu fous de tes soirées???".
Je suis jeune, je maîtrise l'outil informatique d'une façon assez naturelle que les quinquas ignorent, et bien sans être ni "bab-roots" ni "réac" ni "un gros beauf" ni "passéiste" ni "largué" ou "dépressif", et bien je le dis : l'informatique au coeur, au centre du nouvel ordre mondial et de nos misérables vies de fourmis, ça me casse vraiment les...
bien le bonsoir!

Nadine Pestourie a dit…

@ Anonyme ci-dessus
Je respecte tout à fait votre position et apprécie la sincérité de vos propos.
LOL (je ne suis pas digital-native).

N.B. : le flicage n'est pas né avec l'informatique

Anonyme a dit…

"Un geek est une personne qui ne parvient pas à trouver une raison satisfaisante de devenir adulte." Alexandre Astier

voyance gratuite par mail rapide a dit…

Votre travail m’a beaucoup surpris car ça fait longtemps que je n’ai pas trouvé comme ce magnifique partage.