jeudi 18 décembre 2008

Veiller sans douleur


Autrefois, veiller, cela ressemblait peu ou prou à ceci :



A l'heure du web 2.0 (et le 3.0 arrive à grands pas), lorsqu'un bibliothécaire "veille", cela signifie qu'il consacre une partie de son temps de travail à sélectionner, dans l'invraisemblable froisonnement d'informations mises à disposition sur le net, celles qui présentent un véritable intérêt, non seulement pour pour lui, mais pour ses collègues (sur place ou à distance) et/ou pour les usagers.

Après plusieurs mois de découverte d'outils adaptés, et de tâtonnements, j'ai enfin réussi à organiser une veille de manière presque satisfaisante. Voici comment je m'y prends.

J'utilise Google Reader (130 abonnements à des blogs que je suis systématiquement) pour une veille quotidienne. Les posts que je sélectionne, je les mets sur ma "liste de partage" (un clic), ce qui les rend accessibles par d'autres veilleurs. Je peux aussi déposer ceux qui me semblent dignes d'être gardés, pour une utilisation future et/ou pour une lecture lente et attentive, sur ma "liste de suivi" (1 clic). Ceux qui sont sur ma liste de partage sont visibles immédiatement sur mon blog. Je peux aussi y ajouter des billets sélectionnés par les autres veilleurs amis.

Deuxième étape, pour "ma bonne e-toile" hebdomadaire : là, j'utilise Delicious, de plusieurs manières. Tout d'abord, chaque jour, j'y mets le top du top de mes sélections quotidiennes, que je tague et m'efforce de commenter dès que je le peux. Si d'autres personnes ont également choisi et tagué les mêmes posts, je jette un rapide coup d'oeil pour repérer leurs stratégies de veille, qui peuvent éventuellement m'être utiles : il y a là des sources d'informations précieuses. Sur Delicious, on peut également s'abonner aux veilles d'autres personnes, et même à des tags - donc à des thématiques - qui permettent vraiment d'optimiser et rentabiliser au maximum le temps que l'on y consacre. Pour mon billet du lundi, je n'ai plus qu'à reprendre, organiser et agrémenter un peu le fruit de mon travail de la semaine.

Autres sources d'informations qui peuvent être intéressantes : les amis et collègues (et oui !). J'utilise aussi Facebook, mais pour que Facebook devienne un outil de veille il vaut mieux avoir des "amis" qui tiennent la route... J'ai abandonné assez rapidement twitter, que je trouvais très chronophage et assez peu fertile car plein de "bruits" dus à des infos sans intérêt.

Voilà pour l'essentiel. Je ne suis pas trop trop geek, je vais au plus simple en ce qui concerne l'utilisation d'outils, de façon à pouvoir consacrer du temps à ce qui est un des coeurs de mon métier : le traitement intellectuel de ce que je trouve sur le web et qui peut être utile à d'autres.

Il me semble que ce type de veille éditorialisée par des bibliothécaires pourrait être un service à offrir à nos usagers, soit sur les sites des bibliothèques, soit sur les postes publics connectés à internet. Peut-être cela existe-t-il déjà ?

14 commentaires:

Anonyme a dit…

bonjour,

Vous passez combien de temps à veiller par jour/semaine ? est-ce que cela cadre avec votre fiche de poste ?

merci

MxSz

Nadine a dit…

En accord avec ma fiche de poste : oui ; celle-ci a été établie très récemment et j'ai insisté pour que la veille y figure explicitement.

J'ai la chance d'avoir un directeur qui nous encourage à mettre les mains dans le cambouis 2.0, à expérimenter, à avoir des idées. Cela ne doit bien évidemment pas nous empêcher de faire fonctionner la bibliothèque "1.0"...

J'ai la chance aussi d'être responsable d'une bibliothèque de proximité dans un quartier sensible, avec une équipe formidable de 15 personnes. Les expérimentations sont sans doute facilitées dans un tel cadre.

En ce qui concerne le temps passé à veiller, c'est une question importante... à laquelle je ne suis pas en mesure de donner une réponse précise, là, tout de suite. Je viens de passer une année complète à découvrir les principaux outils 2.0 (en partie sur mon temps de travail, en partie sur mon temps libre) et je viens enfin de "rationaliser" quelque chose qui ressemble à une vraie veille partageable - j'insiste sur ce point, qui me semble essentiel. Il est donc un peu trop tôt, je crois, pour dire combien de temps elle me prendra en rythme de croisière.

Dans l'idéal, il faudrait "veiller" en équipe. Cela viendra, je crois. C'est du travail en cours, comme la plupart des choses dont je parle sur ce blog.

Petite précision : il m'arrive souvent de surveiller mes flux tout en faisant autre chose et actuellement, pour moi, la veille c'est TOUS LES JOURS, donc quelque peu contraignant. Comme j'en vois vraiment l'intérêt, cela déborde un peu sur mon temps libre : "l'évidence du motif et la joie de l'acte", comme disait Bachelard !

Cordialement

:)

Nadine a dit…

Autre précision importante que j'ai oublié de vous donner : nous sommes équipés de vrais postes de travail avec connection non bridée à internet. C'est LA condition sine qua non pour avancer, et je sais que c'est loin d'être le cas dans toutes les bibliothèques (le groupe "bibliothèques hybrides" de l'ABF se fait actuellement l'écho de ce problème).

Bonne soirée

Anonyme a dit…

Bonjour,

Veiller c'est bien. A ce point c'est encore mieux. Et si c'est collectif au niveau de 15 personnes, c'est l'idéal. Vous avez fait un choix. Et vous avez eu grandement raison de le faire figurer dans votre fiche de poste.
Mais le but de tout ça c'est tout de même de pouvoir faire de la médiation envers les publics. Vous savez, la médiation, ce nouveau nom qu'on donne à l'accueil...
Le temps n'est pas extensible, même le joyeux Bachelard l'aurait compris...
Est-ce que ce terme de médiation figure aussi dans votre fiche de poste ?

Autre anonyme.

PS; Pourriez-vous publier cette fiche de poste, cela pourrait servir, à titre de boite à outils, à nombre d'entre nous (certains n'en n'ont même pas). Merci.

Anonyme a dit…

LE but de LA veille serait donc de faire de la médiation envers les publics ?
Vision quelque peu réductrice me semble-t-il...

Autre autre anonyme

Nadine a dit…

En ce qui concerne le temps : effectivement, il n'est pas extensible. Il est toutefois, je le sais, possible d'en gagner en supprimant ou réduisant certaines tâches chronophages et peu productives. Je remarque que la question du temps arrive très vite dès que l'on parle de veille, un peu comme un bouclier ou un joker...

Certaines activités des bibliothécaires sont quantifiables, d'autres ne le sont absolument pas mais ont seulement des effets observables : par exemple le temps passé à créer des liens de confiance avec des jeunes de banlieue - je n'emploie pas le terme de "médiation", qui m'agace et qui d'ailleurs ne figure pas sur ma fiche de poste.

En ce qui concerne les fiches de postes : dans notre cas c'est du travail en cours. Je pense y consacrer un billet dès que nous aurons un peu avancé. Vous avez raison, le personnel des bibliothèques, dans son immense majorité, n'en a pas et travaille dans le flou, ce qui, je crois, n'est pas très sain...



@ autre anonyme

Bien évidemment, la veille ne sert pas seulement à faire de la "médiation" - vraiment, ce mot m'agace autant que "acter", "impacter", "input" ou "output"., mais mettre le fruit de ce travail à la disposition du public en tant que service supplémentaire, pourquoi pas ?
Si je veillais seulement pour moi-même, je m'y prendrais sans doute différemment et je trouverais moins important d'y consacrer du temps

Merci pour ces commentaires qui permettent de réfléchir à nos mission et de clarifier nos pratiques

Bonne journée à tous :-)

Anonyme a dit…

@ autre autre anonyme qui trouve ça réducteur.

Je pars du rapport Perrin, texte assez technocratique et banal mais parfaitement dans l'air du temps . Il nous dit, à propos des heures d'ouverture : "la plupart des structures fonctionnent de façon trop traditionnelle, avec une organisation interne trop cloisonnée et un souci. certes légitime. mais disproportionné. du traitement des collections et du circuit de la documentation. Il est temps de revoir la hiérarchisation des missions des bibliothèques, la première étant d’accueillir le public lorsqu’il est disponible. Il faut également instaurer davantage de transversalité pour recréer de la polyvalence. Tous les Bibliothécaires devraient retrouver le contact direct avec le public. ». Bon. Il est clair que "replacer les publics au centre" comme disait Poissenot, est devenu LA priorité des priorités pour tout le monde, que cela se fasse par le biais d'heures supplémentaires ou par une réorganisation des tâches internes.

Or je me dis une chose : près de 70% des professionnels des bibliothèques n'ont pas de fiche de poste. Et par le fait aucune évaluation du temps passé "en interne" ou du temps passé "à l'accueil", ni aucune définition des transversalités qui mènent de l'un à l'autre. Or, il reste evident que TOUT le temps passé en interne l'est dans le but d'optimiser l'accueil (qu'on l'appelle médiation ou pas, je ne raffole pas non plus de ces grands mots).
D'où ma question sur l'intérêt de faire figurer cette veille - en ce qu'elle DOIT porter ses fruits en termes de qualité d'accueil, fut-ce à long terme - dans une fiche de poste bien conçue et bien comprise.
De façon à ce que nul petit malin se permette de créer des frontières artificielles entre temps interne et temps public au gré des volontés politiques locales ou autres tendances conjoncturelles. Dans certains cas la question est facilement tranchée, dans d'autres pas du tout (temps passé à préparer des acquisitions par exemple). Mais le cas de la veille de Nadine me semble exemplaire de la problématique des vases communicants : Si je suis responsable d'un PAPI (point d'accès public à Internet) sans intégrer dans ce temps public le temps de veille nécéssaire à une bonne médiation-internet, quelle qualité d'accueil j'offre ?
Allons plus loin : si je n'inclus pas ce temps dans le temps public "là où ça se passe", mais dans un interne qu'on me demandera alors de définir (voire de restreindre car il sera vite considéré comme compressible à souhait), suis-je efficace ?

"Tous les Bibliothécaires devraient retrouver le contact direct avec le public." Certes. L'ancien contact ou le nouveau ? Ou les deux ?

Nadine nous dit : cela déborde un peu sur mon temps libre.

C'est aussi dans la fiche de poste ? Peut-être que ça devrait. (Bien que je rappelle que la fiche de poste n'a malheureusement aucune valeur légale).

Nadine a dit…

@ autre autre anonyme

"Mon" PAPI, je le soigne ; "mon" public aussi... :D

La veille qu'effectuent les bibliothécaires de Chermédia me semble assez exemplaire d'un nouveau service offert au public sur un site internet.

La question de la fiche de poste me semble toucher un point aveugle extrêmement sensible. Je me demande à qui profite le flou actuel sur les missions du personnel des bibliothèques. En équipe de direction, je dois le dire, personne ne manifeste un enthousiasme exagéré à l'idée que chacun pourrait avoir sa fiche qui serait réactualisée chaque année (sauf mon directeur, qui pense aussi qu'il faut travailler dans ce sens-là - ouf !). Il me semble que tout le monde a à gagner à une clarification accompagnée d'une réflexion sur notre métier : que faisons-nous, quand, pourquoi, comment, avec qui, pour qui ? Nous allons donc travailler là-dessus avec "ma" petite équipe - à titre expérimental et en marchant sur des oeufs...

Le temps libre ne figure sur aucune fiche de poste, non ! Les loisirs des bibliothécaires ont pourtant une incidence directe sur leurs pratiques professionnelles, non ?

Sur la répartition travail interne / service direct au public, je me demande parfois si nous n'avons pas un peu des mentalités d'employés de bureau... bon, là, je provoque, ;-)

Cordialement

Anonyme a dit…

Toute la question de la fiche de poste est là : Elle n'aurait de sens qu'à condition d'être très régulièrement réactualisée. Non pas précisément une fois par an, mais à chaque fois que les missions de la bib évolueraient (et donc feraient évoluer les rôles de chacun dans l'équipe). Chez moi je constate une méfiance des personnels, d'une part pour certains parce qu'ils ne croient pas à cette réactualisation et ont peur d'être "figés" dans des missions et,d'autre part pour d'autres, parce qu'ils ont peur d'être précisément obligés d'évoluer. Donc le flou leur parait profitable comme statu quo "en attendant la reforme du statut" (et des évolutons de carrière). Ce qui est plus étrange c'est que je constate la mème réticence de la part des DGS et DRH. Le flou généraliste de la fiche "statutaire" (où les adjoints sont indiscernables des magasiniers par exemple...)leur donne sans doute une impression de malléabilité des personnels, adaptables "au coup par coup" aux évolutions du métier. Et puis, comme dit mon DRH avec une écrasante mauvaise foi, "comment voulez-vous prévoir des plans de formation cohérents avec des missions qui changent tout le temps ?"
Cordialement,
L'Anonyme des fiches de poste.

Anonyme a dit…

Ca "trolle" grave par chez vous :-/
N'était-il pas question de techniques de veille(s) ?

Nadine a dit…

Ces contributions anonymes, je ne les considère pas comme des "trolleries". La question de la veille rejoint forcément très vite celle du temps que l'on y consacre, donc celle des missions des professionnels des bibliothèques et par voie de conséquence celle de la fiche de poste. Nous sommes bien dans un questionnement sur notre métier et la place qu'y occupent les outils "2.0".

Je préfèrerais pouvoir mettre un nom (à défaut d'un visage) sur tous ces anonymes, mais en fait ce n'est pas très important : tant que j'ai des "trolls" intelligents, tutto va bene !

;-)

Anonyme a dit…

@ l'anonyme qui voit des trolls partout.
C'est justement, en partie du moins à ça qu'on les reconnait, les vrais trolls : de courtes et fréquentes interventions,sans rapport avec le sujet, dont ils n'ont rien à faire, visant seulement à déstabiliser les intervenants et à creer la "mort de l'échange". Quand ils se permettent en plus de "recadrer" le débat, c'est complet !
Je vous conseille ce site, qui reste la référence en la matière :http://uzine.net/article1032.html

L'anonyme des fiches de poste

Daniel a dit…

Bonjour,
la fiche de poste c'est important, mais il me semble plus évident encore que le statut des cadres A leur impose de suivre l'évolution du métier, non ?
et donc dans le cas précis de ne pas passer à côté du monde réel qui se manifeste aussi via le web.
Il ne devrait pas être nécessaire de le le préciser dans une fiche de poste, à mon sens, mais je conçois que ce soit une bonne chose de le ré-écrire dans cette feuille de route.

Emilie Breton a dit…

J'ai cherché (pas beaucoup) mais j'aimerais savoir quelle est l'adresse de votre compte delicious ?
Par avance merci
Emilie