lundi 2 juin 2008

Aimer, oublier, retrouver

Joie de retrouvailles avec un roman que j'avais lu, aimé, conseillé comme LE livre à lire début 2005, puis qui avait tout à fait disparu de ma mémoire, emporté sans doute par des ciels trop variables : La théorie des nuages de Stéphane Audeguy (Gallimard). Bonheur de travailler en bibliothèque : il était bien en évidence avec les livres rapportés samedi, prêt à repartir vers une autre annexe... Je l'ai donc redécouvert, intact, comme si c'était la première fois - un peu honteuse tout de même de cet oubli. Et je le re-aime.

Virginie Latour est bibliothécaire. Elle est recrutée par Akira Kumo, grand couturier japonais parisien, avec pour mission d'inventorier, mettre en ordre et cataloguer sa collection d'ouvrages et documents de toutes sortes consacrés exclusivement aux nuages. Puis il la charge de se procurer un mystérieux "protocole Abercombrie", récit de voyage datant de la fin du 19ème siècle, détenu par l'héritier de son auteur, un savant fou de nuages. Au fil du roman, on découvre des peintres de nuages, des théoriciens de la pluie et du beau temps, des chasseurs de nuages, les premiers météorologues, mais aussi quelques nuages peu sympathiques comme celui d'Hiroshima auquel Akira a survécu.

Il m'a été difficile de sélectionner un seul extrait ; chaque moment de ce livre m'enchante...

Leur rencontre
"Le premier jour, Virginie s'est aperçue brusquement qu'un homme se tenait à sa droite. Elle s'est tournée vers lui et lui a souri. Un homme petit, très sec, presque décharné, qui se meut avec une élégance tranquille et des lenteurs d'iguane. Presque sans autre forme de procès, il s'est mis à lui parler. Il a dit que, pour ranger sa bibliothèque, il convenait de comprendre à quoi exactement elle est consacrée. Les coups de foudre existent en amitié plus souvent, plus sûrement qu'en amour. Virginie Latour aime immédiatement cette voix douce et boisée, légèrement flottante ; Akira Kumo n'a cessé de parler, de Londres et des nuages, d'un certain Luke Howard.
La semaine suivante, Akira Kumo l'attendait en haut. Virginie Latour se demande s'ils ne devraient pas commencer le classement. Mais il semble que le vieil homme ne soit pas pressé."

Un peintre de nuages
"Pendant des heures, Carmichael attend. Il n'attend évidemment pas, bêtement, l'inspiration ; il n'attend pas davantage une belle disposition des nuages, car toutes les dispositions de nuages, à qui sait les contempler, sont également intéressantes. Il attend simplement que la peinture se lève en lui comme une turbulence, qu'elle se forme imperceptiblement, justement comme font les nuages, il attend qu'elle s'agrège à travers tout son corps, pour qu'enfin la beauté du ciel imprègne le papier. Carmichael attend, comme si lui-même était un nuage. Alors seulement, il peint."

Stéphane Audeguy a publié aussi, toujours chez Gallimard
- Fils unique, une biographie romancée de François Rousseau, frère aîné de Jean-Jacques (2006)
- Petit éloge de la douceur (2007)
- Les monstres : si loin et si proches (2007)

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