mardi 20 mai 2008

Lisbonne

Je suis en train de relire mon livre préféré : Le cul de Judas d'Antonio Lobo Antunes : une nuit, dans un bar de Lisbonne, un homme désabusé parle à une femme, essaie de la séduire, lui raconte sa vie et surtout les deux années qu'il a passées en Angola pendant la guerre en tant que médecin militaire. Extrait :

"Vous avez raison, je divague, je divague comme un vieux sur un banc de jardin perdu dans l'étrange labyrinthe du passé, qui remâche des souvenirs au milieu de bustes et de pigeons, les poches bourrées de timbres, de cure-dents et de tickets, bougeant continuellement les mâchoires comme s'il préméditait un crachat fantastique et définitif. Le fait est que, à mesure que Lisbonne s'éloignait de moi, mon pays, vous comprenez ? devenait irréel, mon pays, ma maison, ma fille aux yeux clairs dans son berceau, irréels comme ces arbres, ces façades, ces rues mortes dont l'absence de lumière fait penser à une foire terminée, parce que Lisbonne, vous voyez, c'est une kermesse provinciale, un cirque ambulant monté au bord du fleuve, une invention faite d'azulejos qui se répètent, se rapprochent et se repoussent, et déteignent leurs couleurs imprécises en rectangles géométriques sur les trottoirs, non, sérieusement, nous habitons un lieu qui n'existe pas, il est absolument inutile de le chercher sur les cartes parce qu'il n'existe pas ; c'est là ; un oeil rond, un nom, mais ce n'est pas elle ; Lisbonne commence à prendre forme, croyez-moi, avec la distance, elle gagne alors de la profondeur, de la vie et de la vibration (...)"

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